Ad catarachtas Mosellae...

Nous présentons ici deux stèles funéraires romaines de Metz. Elles sont incluses dans la maçonnerie du Moulin des Termes, en compagnie d’une statue du XVIe s.

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L’ensemble des statues

Les stèles romaines

Les sculptures romaines sont connues depuis longtemps. Jean-Jacques Boissard [1] les situe précisément : « ad catarachtas Mosellae, sub fornice, prope pistrinum terminorum ». L’ouvrage de Nicolas et Jean-François Tabouillot situe de même la stèle à l’homme en pied [2] : « placée, à droite, dans la pile qui est au milieu de l’écluse, près du Moulin du Terme, entre le pont Moreau et celui de Saint-Georges. » Plus tard, en 1874, Charles Lorrain [3] nous donne d’autres précisions : « dans l’avant-bec de la pile du Pont-des-Thermes, flanquant une tombe d’abbesse de 1516, vulgairement connue sous le nom de la Reine Gilette. » Espérandieu les décrit en 1913 [4].
Les inscriptions de ces stèles ont aussi été publiées, l’une dans l’ouvrage de Charles Robert [5], qui l’étudie avec précision, et les deux dans Espérandieu et dans le C.I L.

Le Moulin des Termes est un lieu très ancien de Metz, entre le pont Moreau et le pont St Georges. Bien que Robert et Lorrain écrivent Thermes, il faut suivre Boissard, plus proche de l’origine de l’édifice. Il utilise le mot latin terminus, que Tabouilot traduit par terme. Ce mot évoque une limite de terrain, alors qu’aucun édifice thermal n’est connu à cet endroit.
Robert nous apprend que le mur de l’écluse fut construit en 1514. « Jehan Bernhard », dit-il, « fermier du moulin, avait obtenu, pour reconstruire son écluse, de grosses pierres de taille provenant de diverses fouilles. » [6]

Une carte postale de la fin du XIXe présente un endroit encombré de bâtiments disparates.

Sur une autre, postée en 1909, on a repris la photographie au dessin pour placer le moulin et la chute d’eau par une nuit de pleine lune et en accentuer l’aspect désolé et inquiétant.

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Le Moulin des Termes vu du pont Moreau

Les sculptures sont de l’autre côté, en amont de la chute. Elles ne sont accessibles que par bateau, mais on peut les distinguer depuis le pont Moreau. L’endroit a peu changé.

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La statue du XVIe s. et la stèle romaine Esp V, 4308

La stèle de gauche (Esp. V, 4308) fait environ 1,40 m de haut sur 0, 60 m de large. Elle représente un homme debout, dans un cadre au sommet arrondi et au socle simplement piqueté. L’homme porte une tunique et une paenula [7] ; il a le bras droit replié sur la poitrine, mais le bras gauche plus déplié sur lequel passe un pan du manteau. De ce côté, le personnage tient un coffret. Le visage est abîmé.

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La stèle funéraire romaine Esp V, 4308

La seule inscription est au dessus de l’arc de la niche. En lettres soigneusement gravées, on lit

C A R O

Ces lettres occupent toute la largeur de la stèle et forment donc une inscription complète.

La stèle de droite (Esp V, 4321) a 1,50 m de haut et 0,60 m de large. Elle est divisée en deux registres superposés.

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La stèle funéraire romaine Esp V, 4321

En haut, dans une niche, est représenté le buste d’un homme imberbe, vêtu d’une tunique et d’un manteau. Le visage est abîmé. Au dessus de cette niche se trouve l’inscription

D M

NOCTVRNIONOCTVR

NIANOMEROCLIA

CONIVXPOSVIT

Que l’on rétablit ainsi : D(iis) M(anibus) Nocturnio Nocturniano Meroclia coniux posuit

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Inscription de Nocturnius

Le registre inférieur est un bas relief inscrit dans un rectangle allongé. Il représente un homme vêtu d’une tunique, conduisant une charrette à deux roues attelée d’un cheval. Espérandieu ajoute que l’homme est imberbe et qu’il tient de la main droite un fouet à deux lanières, mais l’état de la pierre ne permet plus de distinguer ces détails .

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Le bas-relief inférieur de la stèle Esp V, 4321

Méroclia, épouse de Nocturnius Nocturnianus, a donc réalisé ce monument à la mémoire de son mari. Le bas-relief inférieur est sans doute une indication qui le concerne.

La statue du XVIe s.

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La statue du XVIe s.

Quant à la statue du XVIe s., elle représente une femme debout, vêtue d’une robe par dessus laquelle est drapé un manteau ; elle a le bras gauche replié sur le ventre et tient de la main droite un pan de son manteau. Les pieds manquent, et la tête a éclaté.

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Tête de la statue du XVIe s.

Il s’agit peut-être de la pierre tombale d’une abbesse. Dans ce cas, à sa place originelle, elle devait être couchée, comme un gisant. Un petit toit à deux pans est sculpté au dessus de la dame ; il est lui-même surmonté de la date de 1516.
Cette date est en contradiction avec le texte de Ch. Robert. Il affirme en effet que le mur fut construit en 1514 avec des pierres que Jehan Bernhard avait récupérées, et il semble que cette date doive être tenue pour assurée puisque le contrat existe encore. On doit sans doute admettre que la statue fut placée là bien plus tard, à un moment où, pour une raison qui nous échappe, elle devint elle-même une pierre que l’on pouvait récupérer. Joseph Cajot, en 1760, rapporte la légende attachée à cette effigie [8], ce qui exclut qu’elle ait été retirée de son emplacement initial à la suite des troubles de la Révolution.
Ch. Robert, sans tenir compte de cette date de 1516, termine ainsi son article : « Parmi les débris de monuments vendus à Jehan Bernhard pour la reconstruction de son écluse, se trouve une assise venant de quelque église du moyen âge et représentant une femme ; or cette figure est voisine, dans le mur de l’écluse, du cippe antique où figure un char. Ce rapprochement, suivant dom Cajot et M. Chabert, aurait donné lieu à la légende populaire de la reine Gillette renversée de son char dans la Moselle. »

[1] BOISSARD Jean-Jacques, Antiquarum inscriptionum, quae partim in Italia, partim in Germania et Gallia videntur, cum suis signis et imaginibus exacta descriptio, Paris, B. N., réserve des imprimés, ms. n° 468 bis.

[2] TABOUILLOT Nicolas et Jean-François, Histoire de Metz par des religieux Bénédictins de la congrégation de Saint-Vanne, t. I, Metz, 1769

[3] LORRAIN Charles, Musée de la ville de Metz. Catalogue de la galerie archéologique, Metz, 1874

[4] ESPERANDIEU Emile, Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, T. 5, Belgique 1e partie, Paris 1913, n° 4308 et 4321

[5] ROBERT Charles et CAGNAT Robert, Epigraphie gallo-romaine de la Moselle, Paris, 1888, p. 58.

[6] « Le contrat existe encore », poursuit-il, en donnant en référence : CHABERT, Mémoire de l’Académie de Metz, 1857-58, p. 513.

[7] Manteau avec capuche utilisé pour le voyage.

[8] CAJOT Joseph, Les antiquités de Metz, ou recherches sur l’origine des Médiomatriciens, leur premier établissement dans les Gaules, leurs mœurs, leur religion, Metz, 1760. Chabert le reprend en 1857 : CHABERT, Mémoires de l’Académie de Metz, 39e année, 1857-1858.

Publié le 1er mai 2003 par Marc Heilig