L'étoile à six branches, un symbole des brasseurs.Cette enseigne, accrochée près de l'entrée de la salle de la Douane à Haguenau depuis 1975, provient de l'ancien hôtel-restaurant Au Tonnelet d'Or qui se trouvait avant la guerre de 39/45 au Marché aux Grains1. Le tonnelet et la corbeille remplie d'épis d'orge symbolisent la bière. L'étoile à six pointes n'a rien à voir avec le judaïsme2 qu'elle symbolise habituellement, ceci pour trois raisons majeures d'ordres différents.
La première est d'ordre religieux : absence de toute dynastie de brasseurs juifs ; la deuxième d'ordre législatif : interdiction de résider faite aux Juifs au XIV° siècle, époque où se développe à Strasbourg la brasserie du type urbain, principalement dans des mains protestantes; la dernière est d'ordre historique : l'étoile de David3, symbole officiel juif, n'est en usage qu'à partir du Congrès de Bâle de 1897.Cette étoile a deux significations en rapport avec l'hôtellerie et la bière :
Etoile des Rois Mages : les enseignes À l'étoile, qui sont très répandues en Alsace, ont cette origine religieuse. L'étoile a guidé les bergers et les trois Rois Mages vers l'étable de Bethlehem. Elle était utilisée au Moyen Age pour indiquer aux voyageurs qu'ils pouvaient passer la nuit dans la maison qui portait ce symbole dans son enseigne4
le double triangle est un signe prophylactique relevant de l'alchimie, qui apparaît au XV° siècle. Ce symbole mystérieux ne s'éclaire que si l'on perçoit la fabrication de la bière comme une véritable renaissance du grain d'orge. Cette étoile, initialement suspendue juste au-dessus de la cuve à brasser, s'apparente au sceau de Salomon des alchimistes. Par la réunion de l'eau et du feu, le brassage permet à une substance morte et décomposée, le grain d'orge, de revivre sous une forme nouvelle, la bière. Cette perception symbolique du cycle de la bière permet de comprendre les nombreuses croyances populaires et interdits qui se rattachent à la fabrication de ce breuvage. La levure de bière partage avec la rosée, particulièrement celle de la Saint-Jean, une action purificatrice et rajeunissante. Un œuf jeté dans les cuves de fermentation favorisait le mûrissement de la bière. L'orage, comme la présence d'une femme ayant ses règles, risquait d'interrompre la fermentation.On retrouve ici quelque peu le souci du fameux Reinheitsgesetz du duc Guillaume IV de Bavière, de 1516, qui fit bondir tous les brasseurs et buveurs de bière alsaciens. Ils y voyaient en effet un certain protectionnisme :
Gersten + Hopffen + Wasser, die Reinheit darf der Chemie nicht zum Opfer fallen5
La bière était considérée comme une boisson païenne, combattue à ce titre par l'église catholique. Puis, après une parenthèse monacale durant laquelle les moines en avaient fait une source de revenus, la bière a été recueillie par l'église protestante6.Hopfen und Malz, Gott erhalt'z7
Le vin est un don de Dieu, la bière est une tradition humaine qui réunit les quatre éléments, Terre , Feu, Eau et Air. Ils sont représentés, chacun séparément, par un triangle cabalistique connu dans l'alchimie. Réunis, ils forment une étoile qui se trouve être la même que celle de David.
On trouve beaucoup d'enseignes avec cette étoile, dont une qui est très explicite : elle réunit l'étoile, le bock8, le livreur de fûts de bière et la couronne de feuilles de vigne qui indique aux passants que le restaurant sert également du vin.
À Haguenau deux restaurants portent encore son nom : À l'Etoile d'Or, au Marché-aux-Bestiaux, et À l'Etoile, route de Marienthal. Il n'est pas surprenant de voir deux établissements se référer à l'étoile à Haguenau, si l'on sait que la ville ne comptait pas moins de 136 débits de boissons vers 19009. À cette époque, la ville abritait aussi d'importantes brasseries et était la capitale européenne du houblon. La Halle aux Houblons rappelle le dynamisme de la culture du houblon et de son commerce dans la région au XIX° siècle. Avant guerre, il existait encore une douzaine de commerces juifs à Haguenau, malgré la concurrence de la COPHOUDAL, créée en 1939. Le dernier magasin à houblon, qui se trouvait près de la place de la Torture, a été démoli en avril 1997. Avant de disparaître pour céder la place à un immeuble collectif, il était occupé par la pizzeria Le Flamenco.