La colonne de Bexbach (première partie)

La colonne de Bexbach fait partie d’un type de monument commun dans l’Est de la France et l’Allemagne rhénane. Jusqu’à présent, il ne semble pas qu’on ait retrouvé un de ces monuments entier, mais seulement des éléments. Plusieurs de ces colonnes ont été reconstituées, comme la colonne de Mayence, celle de Merten à Metz, et celle de Bexbach. Cela nous permet d’avoir une idée générale de ce monument.

image 166 x 480 Ces colonnes reposent sur une stèle à quatre dieux, généralement Mercure, Junon, Minerve et Hercule, qui est parfois remplacé par une inscription. Au sommet figure toujours un groupe sculpté : un cavalier barbu terrasse un monstre dont les jambes sont souvent en forme de serpent, ce qui lui a donné le nom de géant anguipède. Le combat des dieux et des géants est un poncif de la mythologie et de l’art gréco-romain. La civilisation gallo-romaine se l’est approprié en y associant, comme souvent, des éléments de la culture celte. Le cavalier représente Jupiter. De nombreuses inscriptions l’affirment : IOM est en effet l’abréviation de IVPITER OPTIMVS MAXIMVS ; le dieu brandissait aussi un objet que plusieurs découvertes permettent de définir comme un foudre de bronze. Ce Jupiter est cependant une transposition qui associe le Taranis celte au Jupiter romain. Le géant a suscité bien des interprétations. Son caractère anguipède en fait une créature chtonnienne. On peut ainsi accepter que le groupe symbolise la victoire de la lumière céleste sur l’ombre du monde souterrain, de l’ordre sur le chaos, de la prospérité sur la stérilité. Cela fait partie de la propagande romaine, un trait particulier de l’Empire que l’on suit, sous diverses formes, depuis l’empereur Auguste.

La colonne de Bexbach fait 6,50 m de haut. La stèle à quatre dieux est composée de deux blocs superposés ; son soubassement et son couronnement sont moulurés. Les divinités figurées sont, dans le sens des aiguilles d’une montre, Junon, Mercure, Hercule et Minerve. Chacun est représenté avec ses attributs, dans une niche simple pour les dieux, double pour les déesses. Junon, drapée dans un manteau dont un pan lui couvre la tête, tient une longue torche de la main gauche et tend l’autre main vers un autel ; un paon est figuré au dessus de l’épaule droite. Mercure est nu, ses vêtements sont posés sur un rocher à sa gauche. Le dieu tient un caducée dans la main droite et une bourse dans la gauche ; à ses pieds, devant le rocher, peut-être un vase. Hercule, nu lui aussi mais barbu, s’appuie de la main droite sur sa massue et tient de la gauche la dépouille du lion. Minerve, enfin, drapée et casquée, tient une lance de la main droite et pose la gauche sur un bouclier. Ses attributs comprennent encore une chouette perchée sur son épaule gauche et la tête de la Gorgone que la déesse porte en pendentif. Ces sont les attributs habituels de ces divinités, mais il semble qu’on les ai multipliés ici. Les schémas sont empruntés à l’art hellénistique que les Romains ont propagé partout. La facture témoigne d’une certaine habileté, dans les draperies surtout, bien que le canon des personnages soit un peu ramassé.

Lien vers la deuxième partie

Publié le 3 septembre 2002 par Marc Heilig