La colonne de Jupiter de Hausen an der Zaber (Allemagne).

En 1964, on retrouva dans la Schillerstrasse de Hausen an der Zaber, les fragments d’une colonne de Jupiter [1]. A l’époque romaine, elle s’élevait, avec une autre, sur le terrain d’une ferme. La colonne était presque complète, si bien qu’on a pu faire une copie du monument, qui se dresse aujourd’hui non loin du lieu de découverte.

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La colonne vue du côté principal.
Photo Marc Heilig

Il est vraisemblable que ce genre de monument s’élevait dans la plupart des fermes de quelque importance. Il y en avait parfois plusieurs. Ces colonnes étaient dressées par le propriétaire pour s’assurer de bonnes récoltes et de la prospérité de son domaine. Elles étaient censées le protéger des intempéries. La colonne, en plusieurs parties, reposait sur un socle en gradins, et pouvait atteindre une hauteur totale de 8 m environ. Celle de Hausen an der Zaber fait 7,50 m. Lors des invasions germaniques du IIIe s. ap. J.-C., elle fut renversée, brisée, et ses morceaux furent jetés dans une fosse.

La stèle à quatre dieux.

L’iconographie de ces monuments est aujourd’hui bien établie. La stèle à quatre dieux [2]repose sur une base à degrés.

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L’aigle supportant la couronne.
Photo Marc Heilig

La face principale de la stèle de Hausen est dédiée à Jupiter, sous la forme d’un aigle qui, de ses ailes déployées, soutient une couronne de feuilles de chêne, à l’intérieur de laquelle se trouve la dédicace :

I O M
ET IVNONI
REG C VETTIVS
CONNOVGVS
V S L M

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La couronne et son inscription.
Photo Marc Heilig

L’inscription se transcrit ainsi : Iovi optimo maximo / et Iunoni reginae / Caius Vettius / Connougus / votum solvit libens merito. Soit : A Jupiter très bon, très grand, et à la reine Junon, Caius Vettius Connougus s’est acquitté volontiers de son vœu et à juste titre. Nous savons ainsi que le donateur du monument est Connougus, un Celte qui jouissait de la citoyenneté romaine et à qui appartenait la ferme.
On remarquera la qualité de la gravure et les ligatures, nombreuses et intéressantes, comme le ET de la deuxième ligne, le T doublé du mot VETTIVS sur la troisième ligne, et le S dans le V qu’on trouve à la fois dans ce mot et dans le mot CONNOVGUS de la quatrième ligne.

Les trois autres côtés se lisent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Les divinités sont chacune représentées en haut relief dans une niche. Les figures sont d’un bon travail, encore qu’un peu provincial. Le sculpteur a su jouer habilement des draperies et de leurs plis, particulièrement en leur donnant un relief plus léger pour qu’elles meublent le fond.

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Apollon.
Photo Marc Heilig

Apollon est représenté dans une posture déhanchée, prenant appui sur la jambe droite et posant le bras gauche sur un autel ; il porte un manteau qui lui recouvre l’épaule et le bras gauches et qui tombe jusqu’au sol. Le dieu, dont le visage est perdu, porte dans le dos un carquois fermé, et tient son arc de la main gauche et une flèche de la main droite.

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Diane.
Photo Marc Heilig

Diane porte une jupe, une tunique et un manteau attaché sur l’épaule droite. Elle est chaussée de bottines qui montent à mi-mollets. Son visage est celui d’une jeune femme habituée aux exercices, à la courte coiffure maintenue par un bandeau. Derrière ses jambes se trouve un chien. La déesse tient de la main gauche son arc, qui est du même modèle que celui de son frère Apollon. De la main droite, elle tire une flèche de son carquois, selon une iconographie commune.

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Vénus et Vulcain.
Photo Marc Heilig

Vénus est figurée en compagnie de son mari Vulcain, ce qui est assez rare. La déesse, à droite, est nue mais porte un manteau qui lui couvre l’épaule et la jambe gauches, et dont les plis animent délicatement le fond de la niche. Elle tient une longue hampe de la main droite. Son visage est malheureusement brisé.
Vulcain, à gauche, est barbu. Il porte une jupe et une tunique qui laisse nue la partie droite du torse. Il tient un marteau de la main droite ; de la gauche, des tenailles qui reposent sur une enclume.

L’octogone.

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Victoire.
Photo Marc Heilig

Sur ce bloc quadrangulaire est placé un tambour octogonal. Sur la face principale, au dessus de l’aigle et de la couronne, la Victoire est représentée de profil en léger relief. Elle porte une longue robe et une tunique par dessus, et tend devant elle une couronne de laurier.

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Saturne.
Photo Marc Heilig
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Sol.
Photo Marc Heilig
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Luna.
Photo Marc Heilig

Les autres faces représentent le buste des divinités de la semaine et se lisent elles aussi par la gauche : Saturne, barbu pour le samedi ; Sol, avec le disque solaire, pour le dimanche ; Luna, avec le croissant lunaire, pour le lundi ; Mars, puis Mercure, en jeunes hommes glabres pour le mardi et le mercredi ; Jupiter, barbu, pour le jeudi ; Vénus, enfin, joliment coiffée, pour le vendredi.

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Mars.
Photo Marc Heilig
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Mercure.
Photo Marc Heilig
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Jupiter.
Photo Marc Heilig
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Vénus.
Photo Marc Heilig

La colonne

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La base et la partie inférieure du fût.
Photo Marc Heilig

Au dessus de cet octogone s’élève la colonne. Elle est composée d’une base attique et d’un fût de 6 tambours de hauteurs différentes. Celui-ci est orné de feuilles de chêne imbriquées, avec un gland au centre de chacune. Ce décor se divise en deux parties, séparées par un bandeau : sur le tiers inférieur, les feuilles sont représentées le sommet en haut, alors qu’elle sont en sens inverse sur les deux tiers supérieurs.

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La sépararation des deux décors du fût.
Photo Marc Heilig
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Les quatre saisons : de g. à dr., l’été, l’automne et l’hiver.
Photo Marc Heilig

La colonne se termine par un chapiteau à feuilles d’acanthe. De la couronne de feuilles surgissent les bustes des 4 saisons. Trois d’entre elles portent une couronne qui la particularise : le printemps avec des fleurs, l’été avec des épis, l’automne avec des pommes. L’hiver est couvert d’un pan de manteau. L’abaque est quadrangulaire à côtés concaves, dont les angles correspondent aux quatre bustes.

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Les quatre saisons : de g. à dr., le printemps et l’été.
Sur le groupe du sommet, on voit le géant terrassé. Photo Marc Heilig

Le groupe du sommet.

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Le groupe de Jupiter terrassant le géant.
Photo Marc Heilig

Au sommet du monument est placé le groupe de Jupiter et du géant. Le dieu, à cheval et brandissant le foudre, terrasse le géant. Le cheval est soutenu par une gerbe de feuilles. Le monstre ne semble pas avoir une queue de serpent, comme on le voit souvent.

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Le groupe de Jupiter terrassant le dragon.
Photo Marc Heilig

La colonne de Hausen an der Zaber, aujourd’hui isolée, est un des rares exemplaires qui nous soit parvenu entier. Elle nous donne une idée précise de ce que ces monuments pouvaient être et nous apprend beaucoup.

En effet, on ne retrouve le plus souvent que les stèles à quatre dieux ou les groupes de Jupiter terrassant le géant. Nous en avons déjà publiés plusieurs : la colonne de Bexbach est une reconstitution à partir des éléments de plusieurs monuments ; à Woerth, il s’agit de la stèle quadrangulaire ; à Surbourg, d’un tronçon de colonne pris dans la maçonnerie de l’abbatiale ; les musées de Sarrebourg et de Saverne présentent plusieurs stèles et groupes de Jupiter [3].

La colonne de Hausen était peinte, comme le montrent des restes de peinture, une particularité que nous devons vraisemblablement reporter aux autres. Tous ces monuments différaient dans les détails mais avaient des traits communs. Leur composition semble avoir été la même. La colonne de Bexbach, par exemple, comprend elle aussi un en bloc quadrangulaire à quatre dieux, un octogone avec les divinités de la semaine, un fût orné [4], un chapiteau avec les saisons et un groupe de Jupiter terrassant le géant.

Pourtant, le monument de Hausen présente certaines particularités. Les divinités de la stèle ne sont pas toujours les mêmes. Hercule et Minerve y figurent souvent, mais pas ici. La représentation de Vénus et Vulcain côte à côte est originale et peut correspondre à une dévotion particulière du donateur car elle rompt l’ordonnance des niches à un seul personnage. Par dessus tout, Jupiter n’est jamais mentionné, alors qu’il occupe ici la face principale. Quant à l’inscription, les éléments qui nous restent d’autres colonnes ne permettent pas savoir si elles en comportaient une.
Si, sur le groupe du sommet, Jupiter est toujours représenté de la même manière, le géant est souvent doté d’une queue de serpent, parfois double, ce qui ne semble pas le cas ici.

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La colonne vue du côté de Vénus et Vulcain.
Photo Marc Heilig

Aller à Hausen an der Zaber.

Rejoindre l’autoroute allemande A 5 Bâle-Mannheim. A Karlsruhe, prendre la direction de Mannheim. Au croisement avec l’autoroute A 6, prendre la direction de Heilbronn. Sortir à Reihen. Traverser Ittlingen, Richen, Gemmingen, Stetten. A Brackenheim, prendre à gauche vers Hausen an der Zaber.
Dans le village, prendre la Neckarstrasse, puis la Turmstrasse à droite, puis la Nordhausenerstrasseà gauche, jusqu’au parking de la Festhalle où s’élève la réplique de la colonne.

Dans la région, on peut aussi visiter la villa romaine de Bad Rappenau.

La villa romaine de Bad Rappenau (Allemagne)

[1] Ils sont conservés au Wurtemberglandesmuseum de Stuttgart.

[2] C’est le nom communément admis pour cette partie. Il lui a été donné alors qu’on ignorait encore quelle appartenait à un monument plus important.

[3] Voir sur [archeographe], dans la rubrique archéologie, les différents articles consacrés à ces monuments et musées.

[4] Le fût de la colonne de Bexbach est orné d’écailles et de scènes de vendanges.

Publié le 7 novembre 2005 par Marc Heilig