La représentation de l’homme et de l’animal sur quelques vases classiques et post-classiques du Musée de Quito

Le Musée de la Banque Centrale de Quito [1] est l’un des plus beaux musées précolombiens d’Amérique du Sud. Bien que la céramique précolombienne de l’Equateur soit souvent ornée de motifs géométriques, on s’est restreint ici à parler du décor qui, sur certains vases d’époques classique et post-classique de l’importante collection du musée, prend l’homme et l’animal pour thème. Cela exclut les figurines en terre cuite dont chaque culture depuis celle de Valdivia a proposé ses propres modèles et qui devraient être envisagées pour elles-mêmes.

La succession des civilisations de l’Equateur préhispanique se traduit par une évolution régulière qui, partant d’un groupe restreint, conduit aux premières agglomérations urbaines de l’époque classique (entre 800 av. J.-C. et 500 après), aux confédérations indépendantes post-classiques (de 500 à 1400), pour aboutir à l’empire fortement centralisé des Incas que les conquérants espagnols anéantiront en plein essor. A partir de l’époque classique, les cultures de cette région entretiennent des relations commerciales de plus en plus assidues avec le Pérou et l’Amazonie, mais aussi avec l’Amérique Centrale, la Polynésie et le Japon. Malgré cela, les civilisations équatoriennes ne semblent pas avoir été grandement influencées par leurs voisins, ni avoir largement diffusé leur savoir-faire. Alors que l’époque formative est marquée par le développement de l’agriculture et de la céramique, les peuples des périodes suivantes, à l’exception des Incas, paraissent surtout évoluer sur les acquis précédents.
Sur le continent sud-américain, en effet, c’est à Valdivia, en Equateur, qu’apparaît la céramique (vers 3000 - 1800 av. J.-C.). Elle acquiert rapidement, en particulier à travers les horizons Machalilla (vers 2000 - 1000 av. J.-C.), Chorrera (vers 1800 - 1500 av. J.-C.) et Narrio (vers 1500 av. J.-C. - 500 après), un ensemble de techniques qui ne sera guère accru par la suite. Les vases sont modelés ou montés au colombin, et dès Chorrera, la cuisson est parfaitement maîtrisée. Sans doute d’origine péruvienne, le moule représente le seul apport important des cultures classiques : elles répondent ainsi à une demande plus forte que satisfait la production en série. A cause de ces modes de fabrication, les vases garderont toujours un aspect globulaire inspiré des récipients végétaux. Seule l’utilisation du tour eût pu rendre les formes plus élancées. Les potiers s’ingénièrent par contre à les diversifier, en combinant avec une grande habileté et un goût souvent sûr des surfaces concaves, convexes ou rectilignes rythmées par des arètes vives. Chaque culture élabora ainsi des formes particulières, dont certaines, comme la coupe, l’amphore ou le gobelet, connurent une vogue moins limitée.
Les techniques utilisées pour le décor se sont aussi perfectionnées durant la période formative. La gravure, faite d’incisions et de marques de poinçon, apparaît la première et persistera jusqu’aux Incas. La peinture, qui la supplante, est bicolore, plus rarement tricolore, et joue du contraste entre le clair et le sombre. Il faudra attendre la céramique inca pour que l’on fasse un large usage de la polychromie. Le décor plastique, enfin, sous la forme de pastillage, de modelage et de relief appliqué, apporte d’autres possibilités d’ornementation. Tous ces procédés sont parfois employés ensemble.

CULTURES CLASSIQUES
Tuncahuan

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La céramique tuncahuan, dont les formes sont variées, privilégie la coupe et le type nouveau de l’amphore. Le décor peint, en sombre sur clair (fig. 2) ou en clair sur sombre (fig. 1 et 3), est généralement bicolore, noir et crème ou brun et crème. Sur certains vases, ces trois couleurs sont utilisées ensemble. La vasque de la coupe appelle naturellement un décor intérieur : il est souvent ordonné avec symétrie, rayonnant ou en frise, comme le singe de la fig. 3 qui se répète quatre fois sur le pourtour du vase ; mais le grand oiseau de la fig. 1 occupe à lui seul tout le champ disponible. Les motifs, surtout géométriques, accusent une forte stylisation lorsqu’ils s’inspirent du monde animal : si l’on reconnaît bien un singe, un oiseau ou un masque de félin, il est impossible de préciser l’espèce, ni même d’être certain que l’on n’a pas glissé dans l’imaginaire.

Panzaleo et Jama-Coaque

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Les vases de ces horizons ont des formes grossières, dans leur aspect général comme dans le détail. Le décor est ordinairement sommaire et peu soigné, mais la fig. 4 montre une œuvre panzaleo de grande qualité : le personnage, dont la riche parure est rendue par la peinture (collier, peintures corporelles) et par le modelage (boucles d’oreilles), est représenté en action, tenant une petite coupe. Le corps humain s’identifie de façon assez naturelle à la forme du vase : la tête occupe le col, le tronc la panse, et les jambes servent à l’assise de l’objet. Seuls les bras, maigres et disproportionnés, font exception. Cela surprend quelque peu car dans leur geste se concentre la raison d’être du vase. Cette prise de possession de l’objet par le sujet se retrouve, quoique moins puissante, sur le vase jama-coaque de la fig. 6. Celui de la fig. 5, de l’horizon panzaleo, est assez lourd et porte sur le col une tête de chouette qui tient toute sa force de la simplicité des lignes.

La Tolita
Avec maîtrise et fantaisie, les potiers de La Tolita se plaisent à élaborer des formes complexes qui suffisent à donner au vase son caractère esthétique. La forme à deux goulots et anse en étrier, crée au Pérou et importée en Equateur, semble très appréciée. Le vase de la fig. 7 en est un exemple : la panse toute entière est modelée en forme de tête de jaguar dont l’expression est presque humaine ; la moitié droite est rouge, l’autre, ainsi que les yeux, est blanche.

Carchi

De couleur brune, la céramique carchi a un bel aspect lustré et ses formes peuvent être très fines. Les vases sont peints de motifs géométriques noirs. L’homme et l’animal, en noir sur fond crème, s’ordonnent en amples compositions à l’intérieur des coupes. Ainsi, debout sur une sorte de roue, les petits personnages de la fig. 8 semblent former une ronde ; le cervidé de la fig. 11, répété en frise, court tout autour de la vasque. Le décor peut prendre tout l’intérieur de la coupe, comme les oiseaux fantastiques de la fig. 13, ou le toucan de la fig. 10 qui est inlassablement repris sur trois rangées superposées. Le félin sert aussi de modèle : celui de la fig. 12 occupe le fond d’une coupe, et ceux de la fig. 9, tête-bêche de part et d’autre d’un motif, ornent une flûte en forme d’escargot. La stylisation répond à des critères semblables à ceux de la culture Tuncahuan. Toutefois, la ronde des personnages casqués (fig. 8) se rapproche peut-être d’une ébauche de narration. De même, la douleur qu’on lit sur le visage du vase de la fig. 14 témoigne de la volonté de rendre une expression ; elle est encore accentuée par le corps informe de l’homme, réduit à la tête et aux bras sommairement modelés.

[1] En 1976, au cours d’un voyage d’étude en Amérique Latine, je pus visiter ce superbe musée. Je suis heureux aujourd’hui de pouvoir répondre à l’aimable accueil qu’on me fit alors.

Publié le 4 mars 2003 par Marc Heilig

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2 commentaire(s)
La représentation de l’homme et de l’animal sur quelques vases classiques et post-classiques du Musée de Quito - 21 mars 2008, par roucou
Bonjour j’écris un essai sur le temps et la représentation de l’homme sur la céramique de Carchi m’a interpelé et je vous demande le droit de la reprendre sur la ’’une’’ de mon essai. Merci de me répondre ou de faire suivre au musée archéologique de Quito.
La représentation de l’homme et de l’animal sur quelques vases classiques et post-classiques du Musée de Quito - 7 août 2007

Oui

Bien sure

Nous avons une tres grande patrimoine culturelle et la premiere ceramique Americaine (3.000 ou plus années avant notre era)

Les "VENUS de VALDIVIA" elles etions fait pour les ceremonies.

Aviez vous note la façon qu’elles ont, si vous leur regardez des le posterior ?

Quito - ECUADOR