Le Camp de La Bure (Vosges)

- Plan du Camp de La Bure
- 1 : fossé ; 2a : rempart coudé ; 2b : rempart rectiligne ; 2c : rempart romain ; 3 : poterne est ; 4 : poterne nord ; 5 : porte nord ; 6 : terrasse périphérique ; 7 : poterne sud ; 8 ; atelier de cinglage ; 9 : bassin des Dianes ; 10 : bassin rustique et station de lavage ; 11 : bassin de Taranis ; 12 : chemin minier ; 13 : vers une source ; 14 : fond de cabane.
Le système défensif
- Défenses naturelles

- La vallée de la Meurthe vue de l’extrémité ouest de l’éperon
- Photo Marc Heilig
Le camp de La Bure est à 583 m d’altitude. Il couvre une surface plane et allongée de 3ha, au sommet de la Tête du Villé, à l’extrémité ouest du massif de l’Ormont. Cette plate-forme est protégée naturellement. A l’est, un étranglement et une dénivellation la séparent de la crête. De fortes pentes l’entourent sur les autres côtés. La pointe ouest de l’éperon, où l’escarpement est plus abrupt encore, offre un point de surveillance exceptionnel sur la vallée de la Meurthe, que sillonnaient dans l’Antiquité d’importantes voies de communication. Cette situation remarquable fut reconnue très tôt [1].
- Le rempart est

- Arrivée devant le rempart est
- Photo Marc Heilig
Jusqu’au deuxième quart du Ie siècle avant J.-C., seul était protégé le côté est, par lequel on pouvait craindre une attaque.

- Extérieur du rempart est
- Photo Marc Heilig
Le rempart coudé (2a) s’appuyait sur des entablements rocheux au nord et au sud. D’une longueur de 40 m, ce mur était d’une forte épaisseur (6,75 à 7,50 m). Il est encore conservé sur 3 m de haut. L’ouvrage est construit selon la technique du murus gallicus décrite par César dans la Guerre des Gaules : deux parements de pierres sèches, un blocage de sable et de blocs de grès consolidé par un quadrillage horizontal de poutres de bois. De grands clous de fer, longs de 15 à 25 cm et fichés à l’assemblage des poutres, renforcent l’ensemble. Une reconstitution permet d’en voir le dispositif.

- Reconstitution de murus gallicus
- Photo Marc Heilig
Le deuxième quart du Ie siècle av. J.-C. vit une première modification. On conserva la moitié sud du mur, mais un tronçon rectiligne remplaça le coude au nord (2b). On augmentait ainsi de 10 m la longueur de la muraille. Au lieu d’un simple parement, on établit à l’intérieur une rampe en pente douce constituée de blocs de grès. Le sommet du rempart fut aménagé en une terrasse de 3,25 m de large.
Entre la fin du IIIe siècle et le milieu du IVe, la défense de l’éperon fut considérablement étendue. Devant le rempart gaulois, on en construisit un autre à la mode romaine (2c), avec une levée de terre et de pierres (agger).

- Sommet du rempart est
- Photo Marc Heilig
Au sommet de ce talus, une semelle de gros blocs de grès supportait un mur de moellons large de 1 m dont la hauteur devait atteindre 3 à 4 m.

- Le fossé
- photo Marc Heilig
Le fossé date probablement de cette époque (1). Il fut creusé dans la roche, en contrebas du rempart. Ses proportions sont plus importantes que celles de la dénivellation naturelle (43 m de long, 3 à 5 m de large et 1,5 à 3 m de profondeur). Au sud du rempart, on ouvrit la poterne est (3). Un pont de bois semble avoir enjambé le fossé. Il y avait peut-être des pâturages au delà.
On avait remployé des stèles funéraires dans cette muraille du Bas-Empire [2]. L’endroit a aussi livré des monnaies gauloises et romaines jusqu’à Magnence (350-353), et de nombreux galets de granit [3] qui devaient servir de projectiles.
- La terrasse périphérique

- La terrasse périphérique au nord
- Photo Marc Heilig
Une terrasse entourait le site dès l’époque gauloise, mais l’éperon fut pourvu d’un mur d’enceinte au Bas-Empire. Sur une semelle faite d’un blocage de pierres et de sable entre deux parements de pierres sèches s’élevait une palissade ponctuée de tours. La terrasse périphérique (6) fait environ 2 m de large. Le muret, encore conservé par endroits sur 0,5 m de haut, avait à l’origine entre 40 et 60 cm de haut et 2,25 m de large.

- La terrasse périphérique près de l’extrémité ouest de l’éperon.
- Photo Marc Heilig
Trois portes, encadrées de massifs fortifiés et peut-être protégées par des postes de garde, permettaient de franchir ce mur. Les poternes nord (4) et ouest (7) donnaient accès à des sources en contrebas (13) [4].

- La porte nord, vue de l’intérieur
- Photo Marc Heilig
La porte nord (5) est la mieux conservée. Elle date des environs de 300 ap. J.-C. Accolé au parement intérieur du mur, à droite du passage, une construction en bois servait de poste de garde, peut-être avec une tour et un escalier ; le soubassement en est encore bien visible.

- La terrasse périphérique nord, vue de l’ouest
- Au premier plan, les soubassements du poste de garde de la porte nord. Photo Marc Heilig
Des vantaux fermaient la porte, comme le montrent les deux mortaises d’un bloc. Elles recevaient une poutre qui renforçait les vantaux.

- Porte nord. Bloc avec mortaises de fermeture
- Photo Marc Heilig
Par cette ouverture, on pouvait rejoindre un chemin pavé qui reliait le camp à la vallée et la voie des Sarmates, la route de Metz à Sélestat par le Himbaumont et le col de Saales [5]. Le chemin était défendu en cas d’attaque par des poutres que l’on plaçait en travers. Une trentaine de galets de la Meurthe ont été retrouvés et attestent qu’on s’est battu à cet endroit.

- La porte nord vue de l’extérieur
- Photo Marc Heilig
[1] On a retrouvé quelques outils de pierre polie du Néolithique Final.
[2] Elles sont présentées au Musée de Saint-Dié. Voir ci-après.
[3] Ils viennent du lit de la Meurthe.
[4] L’une de ces sources alimente aujourd’hui le village du Villé.
[5] Les premiers mètres du chemin ont été endommagés au XXe siècle, mais le pavage est intact au delà.
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10 commentaire(s)Bonjour,
Je vous encourage à compléter votre site (le seul sur le camp). Par exemple en montrant les bassins (des Dianes, de Taranis...) ainsi que les lieux du site de la vie artisanale et quotidienne (quartier des forges...). Ayant collecté plusieurs références sur l’oppidum, je recherche toute information sur le site et ses environs. J’essaie d’écrire un "roman historique" sur la vie des habitants de "Crinis" (près de Juncturae !) avant et après l’invasion des alamans en me servant des connaissances historiques et archéologiques. Titre provisoire = histoire de JORIC CARANTAGENOS et des Habitants du Castellum de CRINIS dans la Silva vosagus" tout un programme.
Bonjour,
La Silva Vosagus, c’est amusant, c’est justement le coeur de mon mémoire de DEA pour lequel j’ai commencé entre autre le réexamen complet des poteries issues des fouilles du camp de la Bure. Alors, je serais également intéressée pour échanger des infos avec ceux ou celles qui en auraient, histoire de démontrer que nous ne sommes pas dans le désert archéologique trop fréquemment évoqué !
Bonjour,
Il n’entre pas dans nos projets immédiats de compléter l’article sur le camp de La Bure. Notre but était surtout de le faire connaître. Le forum attaché à chaque article permet d’ajouter des compléments.
Si cela ne suffit pas, ce qui semble être le cas puisque vous avez amassé une documentation assez vaste, vous pouvez écrire un article complémentaire sur archeographe. Il sera le bienvenu.
Je vois aussi que quelqu’un cherche a parfaire ses connaissances sur ce camp. N’hésitez pas à lui répondre. Nous sommes très heureux que le forum serve à nos lecteurs.
Bon courage pour votre roman.
Cordialement,
Marc Heilig
Connaissez vous l’auteur des gravures sur les rochers menant au camp de la Bure ( par le chemin rocheux et très pentu dès le départ et non pas le sentier plus tranquille à droite du premier. merci
Nous les avons découvert cet été en compagie d’amis vosgiens
J’ai pris quelques photos, si cela vous intéresse...
Oui cela nous intéresse beaucoup. Nous ne connaissons pas ce chemin ni ces gravures. Nous allons vous contacter à votre adresse e-mail et nous ajouterons un additif à notre article.
Merci beaucoup pour votre message et votre proposition.
Marc Heilig




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