Le Musée de l’Image Populaire de Pfaffenhoffen

A partir du XVIIIe s., le Val de Moder fut un foyer très actif de production d’images populaires. Maître François Lotz en avait rassemblé une importante collection, que l’on pouvait visiter chez lui. A sa suite, le Musée de l’Image Populaire de Pfaffenhoffen [1], créé en 1994, en expose tous les aspects ; il s’étend même au Grand Est et à l’espace rhénan car techniques, motifs et circuits de diffusion sont communs à toute cette aire géographique.


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Souvenir de mariage de Georges Schmitt et Anna Klein.
Calligraphie et aquarelle de Henri Robitzer, de Schalkendorf, 1874. Photo F. Luckel

L’imagerie populaire évoque généralement les images d’Epinal ou de Wissembourg, qui étaient imprimées et vendues en librairie ou par colportage. Mais les techniques, les motifs et les usages sont si variés qu’ils poussent à reconsidérer ce terme. Dans le cas d’images faites à la main en un seul exemplaire, on préfèrera donc parler d’unica. Ces images-là sont faites à la commande, et parfois réalisées par l’utilisateur lui-même.

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Image d’amour.
Peinture de Jean de Duntzenheim, vers 1850-60. Photo F. Luckel

Le Musée de Pfaffenhoffen puise dans un fonds inépuisable et savoureux. Les images populaires accompagnent en effet chaque étape de la vie - baptême, communion, confirmation, conscription et libération, mariage et décès... Certaines sont particulièrement liées à la piété domestique. En Alsace, la maison réserve toujours à cet usage un coin de la salle commune, la Stube : c’est le Herrgottswinkel des catholiques, le Bibel’eck des protestants, où l’on expose les images de dévotion et de commémoration (souvenirs), et où l’on garde les papiers de famille.

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Image d’amour pour Anna Richert.
Aquarelle et encre rouge sur papier vergé, 1839. Photo F. Luckel
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Ste Barbe.
Canivet et aquarelle sur vélin, 2e moitié du XVIIIe s. Photo F. Lickel

Les souhaits de baptême sont un bon exemple de ces images. Selon la région, on parle de lettre, de souhait de baptême, ou encore de billet ou de souvenir de baptême. Le parrain et la marraine l’offraient à leur filleul pour marquer son entrée dans la vie chrétienne. Cette coutume, très vivante pendant près de cinq siècles, est surtout protestante, mais elle fut assez largement suivie par les catholiques. Contrairement à la plupart des images populaires, qui étaient encadrées et accrochées aux murs, les souhaits de baptême étaient conservés dans les livres de prière ou parmi les papiers de famille. La lettre était pliée pour envelopper une pièce de monnaie ou une médaille. L’offrande d’une médaille, attestée dès le XIIIe siècle, serait une allusion à la parabole des Dix Talents [2] : il s’agirait d’inciter l’enfant à faire fructifier par la foi la grâce qui lui est offerte par le baptême.

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Souhait de Baptême.
Peint par Merckling, de Mulhausen, 2e moitié du XIXe s. Photo F. Luckel
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Souhait de baptême.
Calligraphié et peint à l’aquarelle par François Henri Musculus pour son filleul baptisé en l’église de Pfaffenhoffen en 1745. Photo F. Luckel

A l’origine, les souhaits de baptême sont faits à la main, selon des techniques fort variées - calligraphie, pliage, découpage au canivet ou aux ciseaux, dessin, aquarelle. Ils sont peints dès la fin du XVIIe s. et frappent par leurs couleurs vives. Certains souhaits furent ensuite imprimés, par gravure sur bois ou sur cuivre, puis par lithographie. Les textes s’inspirent de la Bible, des cantiques et des prières, ou sont des exhortations.
Le décor floral orne presque tous les souhaits. Tulipe, rose, myosotis, œillet, lys, marguerite, tournesol, narcisse... toutes ces fleurs, jusqu’à la moitié du XIXe siècle, étaient stylisées, parfois avec beaucoup d’originalité. Le réalisme du courant romantique n’effaça pas entièrement cette tendance.
En couronne, en gerbe ou en bouquet, les fleurs expriment la joie du moment. Mais lorsqu’elle est seule, la fleur devient symbole ou allégorie ; elle délivre alors, selon un langage qui nous échappe aujourd’hui, un message précis et fort. D’autres éléments le complétaient, comme le cœur (affection) ou le coq (vigilance des parrains et marraines).

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Souhait de baptême.
Calligraphie et aquarelle sur papier vergé de l’atelier de Hunspach, vers 1803. Photo F. Luckel

Ces pièces uniques étaient souvent réalisées sur commande par un artiste semi-professionnel, connu dans son village et les alentours. Par comparaison, on peut repérer la manière d’un artiste ou d’un atelier familial. Ainsi, en Alsace du Nord, autour de Cleebourg, de Hunspach, de Kutzenhausen et de Offwiller, des foyers se distinguent par le nombre et la qualité de leur production. Parvenir à des attributions certaines reste toutefois difficile car les imagiers ne signaient pas toujours leurs œuvres. De plus, dans un même pays, les motifs et compositions circulèrent beaucoup et traversèrent parfois plusieurs générations. Quelquefois aussi, l’utilisateur réalisait lui-même son image, de façon plus ou moins adroite, mais toujours avec une touchante naïveté.

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St François Xavier.
Peinture sous verre, atelier aux quatre fleurs, fin du XVIIIe s. Photo F. Luckel

Le Musée de Pfaffenhoffen consacre aussi une importante section à la peinture sous verre, réalisée selon un procédé inverse à la peinture ordinaire [3]. La technique, probablement originaire de Venise, se diffuse en Autriche, en Bohême et en Allemagne. Dans les grandes villes, des ateliers proposent à une clientèle bourgeoise des œuvres dont compositions et motifs sont empruntés à la grande peinture. D’autre part, des artisans verriers produisent des images d’inspiration plus populaire. Toujours en relation avec une verrerie, ils se déplacent et gagnent l’Alsace et la Lorraine mosellane.
Dans nos régions, des ateliers réalisent de la peinture sous verre de 1750 à 1850 et la diffusent par colportage. Ils sont difficiles à identifier. On connaît ceux de Faller à Mulhouse, de Winterthaler à Colmar, de Riffel à Villé et de Gerner à Goetzenbruck. Les images sont destinées à la dévotion domestique, aussi leurs sujets sont-ils religieux. Il faut attendre le début du XIXe s. pour voir apparaître des sujets profanes : personnages célèbres, Saisons, belles Hollandaises, Anglaises ou Parisiennes etc. Ces images sont rarement datées et les mêmes compositions se retrouvent sur des périodes assez longues.

L’églomisé [4] est une forme particulière de la peinture sous verre. La décoration, dorée ou argentée, se détache sur un fond noir. Les images en églomisé sont d’un très bel effet à la lumière vacillante des chandelles et des lampes à pétrole. A partir de la fin du XVIIe, l’églomisé se répand dans toute l’Europe centrale et connaît une vogue extraordinaire à l’époque de Louis-Philippe et sous le Second Empire. En Alsace, toute la production se fait dans les régions de Pfaffenhoffen, de Vendenheim et de Colmar. Jusqu’au début de la 2nde Guerre Mondiale, ces ateliers produiront des souvenirs de confirmation, de mariage, de décès, de conscription, des textes bibliques, des miroirs, des autels domestiques etc.

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Image d’amour pour Anna Krieger.
Calligraphie et aquarelle de Jacques Dutt, d’Obermodern, 1879. Photo F. Luckel

[1] Musée de l’image populaire, 24 rue du Dr Schweitzer, 67350 PFAFFENHOFFEN.
Tél. : 03 88 07 80 05.
La ville de Pfaffenhoffen organise chaque année une Foire de la Carte Postale. Elle se déroule le 2e dimanche de mai, à la Maison des Loisirs de Uberrach.
Nous remercions chaleureusement le musée pour la documentation qu’il nous a donnée.

[2] Cf Mt 25, 14-30, Lc 19, 11-28.

[3] Le peintre travaille au dos de la plaque de verre qui sert de support : il peint les contours de l’image, puis les détails ; il ajoute ensuite les couleurs et applique les fonds en dernier lieu.

[4] Le terme vient du nom de l’artisan parisien Glomi qui, au XVIIIe s., utilisait cette technique pour les encadrements.

Publié le 29 décembre 2002 par Marc Heilig

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2 commentaire(s)
> Le Musée de l’Image Populaire de Pfaffenhoffen - 9 février 2004, par DEBARNOT DANIEL

Bonjour Il y a eu a Lyon dans les annees 1970 une exposition a l’ancienne bibliotheque St Jean, qui avait pour theme les canivets collection privée. Cette collection de canivets appartenait a la famille d’un ancien conservateur de la BM de lyon.Je recherche le catalogue de cette exposition.

> Le Musée de l’Image Populaire de Pfaffenhoffen - 28 juillet 2005, par musée de l’Image populaire

Le musée de l’image populaire de Pfaffenhoffen (24 rue du Dr. A Schweitzer 67350 Pfaffenhoffen) accueille actuellement et jusqu’au 31 octobre 2005 une exposition exceptionnelle consacrée aux canivets, leur évolution et origines géographique et a rassemblé pour l’occasion près de 300 pièces issues de collection publiques et privées d’Alsace, Bourgogne, Paris et ailleurs .