Les remparts de Dambach-la-Ville

L’enceinte médiévale de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) est une des mieux conservées de la région.

Dambach fut longtemps la propriété des Eguisheim-Dabo, dont une branche occupait le château de Bernstein. L’évêque de Stasbourg a toutefois des biens dans le village depuis la 1e moitié du XIe siècle au moins. En 1227, l’évêque Berthold de Teck s’empara du Bernstein et établit à Dambach un bailli qui avait autorité sur une trentaine de villages alentour.

Au début du XIVe s., un mur ceint peut-être déjà le noyau ancien, mais il ne saurait suffire contre les attaques des chevaliers brigands. Aussi l’évêque Berthold de Buchneck entreprend-il de fortifier le bourg, qui prend ainsi le statut de ville. Himly situe les travaux entre 1323 et 1343 [1]. La date de 1323 figure en effet sur l’arc de l’Untertor. Cette nouvelle enceinte est un élément majeur de la défense qu’oppose en 1336 le bailli aux troupes lorraines. Mais en 1421, les milices strasbourgeoises investissent Dambach et le château ; en 1444, après trois jours de siège, les Armagnacs et le Dauphin de France, futur Louis XI, profitent d’une brèche dans le mur (à la hauteur de l’impasse Mullenheim) pour entrer dans la ville. Le XVIe s. apporte peu de modifications au rempart, malgré les progrès des armes à feu. Désormais le mur devait surtout sembler dissuasif : pendant les guerres de religion, le margrave de Bade prend la ville ; en 1632, en pleine Guerre de Trente Ans, elle doit se rendre aux Suédois.

L’enceinte est polygonale. Elle est précédée d’un large fossé sec (15 m à la Neutor), avec contrescarpe maçonnée. La construction demanda une vingtaine d’année. L’évêque voulait en effet un ouvrage efficace, résistant et soigné. Cette préoccupation apparaît dans les vastes proportions de l’ouvrage. Le fossé nécessita d’importants travaux d’excavation, qui fournirent sans doute une bonne part des matériaux. Le mur a 2 m d’épaisseur et 5 m de hauteur. Par ailleurs, l’appareil est solide et assez homogène. Il est en gros blocs de granit irréguliers et moellons de grès ; aux angles et aux portes, il est renforcé par des chaînages de blocs plus gros et régulièrement taillés.

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Untertor. Appareil à bossage
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Untertor. Glissière de la herse

Les aménagements défensifs comprennent un chemin de ronde que protège un parapet crénelé tout autour de la ville. Les quatre portes quadrangulaires (il n’en reste que trois) participent au système défensif. Elles s’ouvrent vers les points cardinaux et présentent des caractères communs. Leur partie basse est d’un solide appareil de blocs à bossage, souvent avec trous de pince ; des chaînages renforcent les angles sur toute la hauteur. Côté campagne, elles opposent à l’assaillant un pont-levis et une herse ; côté ville, deux vantaux fermaient l’ouverture en arc brisé. Le passage est couvert d’un plancher.

Ces portes sont les seuls éléments de hauteur car aucune tour ne ponctue le cours du mur. C’est certainement la grande faiblesse de cette enceinte, qui présente ainsi ses flancs sans autre protection que celles du chemin de ronde et des portes. En de nombreux endroits, aux angles du polygone en particulier, des tours auraient permis de surveiller de longues portions du mur et l’auraient consolidé.

Partons de la Grendeltor et progressons vers l’est. Nous ne pourrons observer que l’extérieur de l’ouvrage, par delà le fossé. A l’intérieur, des maisons s’adossent partout au mur, sauf rue Th. Bader et rue des Remparts. Or, à ces endroits, soit on marche aujourd’hui sur le chemin de ronde, soit le mur n’est conservé que sur une faible hauteur. Le fossé, quant à lui, est occupé par des jardins, des prairies ou des remises.

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Grendeltor. Extérieur
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Grendeltor. Intérieur

La Grendeltor, ou Porte de Blienschwiller (A, cf. plan), est au nord. Himly la date de 1335. Les meurtrières d’éclairage, une par étage côté ville, sont les seules ouvertures. A l’ouest de la tour, un escalier menait au 1e étage et au chemin de ronde. La Grendeltor présente le seul exemple de transformation du XVIe s. : la hauteur de la tour fut réduite de moitié et l’on construisit un bâtiment en avancée côté campagne. Ce genre d’aménagement est fréquent en Alsace à cette époque.

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Le rempart entre Grendeltor et Untertor

De la Grendeltor à l’Untertor, le rempart et le fossé sont bien conservés, mais difficiles d’accès. En plusieurs endroits, le mur garde sa hauteur primitive, avec les merlons et les fentes de tir du parapet.

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Untertor. Extérieur
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Untertor. Intérieur

L’Untertor (B) donne à l’est. On peut lire la date de 1323 sur l’arc brisé de la porte. Seules les meurtrières d’éclairage du 1e étage animent les façades. Accolée au sud de la tour, une poterne permet d’accéder au premier étage et au chemin de ronde ; elle était autrefois couverte par un petit toit dont on voit encore les corbeaux. Au nord, le fossé, envahi par la végétation, est d’une largeur et d’une profondeur impressionnantes. A l’origine, la tour avait peut-être deux étages, terminés par des créneaux ; elle fut rehaussée d’un étage, toujours avec créneaux, avant d’être couverte d’un toit.

Entre l’Untertor et l’angle sud-est de l’enceinte, l’appareil est plus petit et plus régulier, signe de réfection tardive. La hauteur primitive apparaît au niveau de la rue Th. Bader. Les fentes de tir du parapet sont nombreuses. De l’angle sud-est de l’enceinte à la Neutor ne subsistent que quelques tronçons.

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Neutor. Extérieur
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Neutor. Intérieur

La Neutor, ou Porte de Dieffenthal (C), ouvre au sud. Himly la place au XVe siècle. La face interne est aveugle, à l’exception d’une meurtrière d’éclairage au 1e étage. Dans le premier état, les quatre faces étaient surmontées de deux grands créneaux ; un toit couvrit la tour par la suite.

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Rempart et fossé entre Neutor et Obertor
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Le rempart entre Neutor et Obertor

La rue des Remparts, à l’ouest de la Neutor, permet de longer le parement intérieur du mur et d’en évaluer l’épaisseur. Entre l’angle sud-ouest de l’enceinte et l’Obertor, le fossé a gardé toute son ampleur. Le mur a encore quelques meurtrières et plusieurs fentes de tir du parapet. Les restaurations semblent nombreuses, parfois hâtives. Des trous de boulins marquent différents niveaux d’élévation et des lignes de mises à niveau apparaissent dans l’appareil.

L’Obertor, datée par Himly de 1335, était à l’ouest (D). Elle a disparu, comme toute la partie du mur immédiatement au nord de la porte. Plus loin, l’appareil du rempart montre une importante réfection de sa partie haute. Le chemin qui rejoint la Grendeltor, à la limite des vignes, suit le sommet de la contrescarpe. En allant vers le nord, le fossé est à nouveau bien visible dans sa largeur originelle, occupé par la cour du collège et des jardins.

Nous sommes de retour à la Grendeltor. Cette promenade nous permet d’apprécier l’étendue du terrain qu’enferme l’enceinte, près de huit fois plus vaste que celui que protégeait le premier mur supposé. Même de nos jours, l’agglomération de Dambach déborde assez peu de ce rempart. L’évêque Berthold se montra pourtant fort avisé de concevoir un projet si ambitieux. En effet, il mettait sans doute à l’abri des terres agricoles qui donnaient à la ville une certaine autonomie en cas de siège. Plus encore, les habitants de plusieurs villages dépendants de Dambach purent s’y réfugier. On concentrait ainsi la défense et les défenseurs. La chapelle St Sébastien et la chapelle de la Vierge, autrefois églises d’Oberkirch et de Steinhausen, sont les plus importants vestiges de ces hameaux abandonnés.

[1] F. J. HIMLY, Atlas des villes médiévales d’Alsace, 1970.

Publié le 3 novembre 2002 par Marc Heilig

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1 commentaire(s)
> Les remparts de Dambach-la-Ville - 10 mai 2005, par susana echegoyen
Je serai tres interessee de connaitre l’historique des cierges de la chapelle Saint Sebastien a Dambach la ville. Ces bras d’homme qui tiennet les cierges m’intriguent, depuis le jour ou je les ai vus en octobre 2004. Ils me rappellent La Bete et la Bete.. Merci merci de toute information. Susana Echegoyen Montreal Canada