Depuis 2008, l'Université de Francfort, sous l'égide de Joachim Henning1, reprend l'étude de Tarquimpol, en Moselle, en collaboration avec Michael McCormick2, de l'Université de Harvard, et de Thomas Fischer, de l'Université de Cologne. L'équipe est composée de doctorants et de spécialistes en différents domaines3.
La campagne 2010 s'est déroulée en juillet et, après une interruption en août, se terminera en septembre.Ce programme de recherche a la particularité de laisser le terrain intact en employant des méthodes qui apportent des informations sur l'implantation antique sans la dégager par des fouilles. Il comprend plusieurs aspects. On procède en premier lieu à la prospection géomagnétique de tout le site4 avec un un appareil muni de trois sondes qui mesure le magnétisme terrestre : quand les champs magnétiques qui traversent la terre rencontrent un obstacle, les sondes le rendent visible sous forme d'anomalie. On peut ainsi dresser le plan des vestiges du sous-sol de Tarquimpol. L'entreprise est aujourd'hui largement avancée puisque les trois campagnes ont permis de couvrir une superficie de 30ha. Cette investigation s'est doublée d'une prospection radar autour de l'église5.La prospection géophysique a ensuite permis d'ouvrir en des secteurs qui paraissaient prometteurs trois sondages d'une quarantaine de mètres de long chacun. Ils visent à étudier les micro organismes et, par le lavage de la terre qui en provient, de mettre au jour de menus objets qui échapperaient à la fouille ordinaire, surtout en sol argileux. Le site de Tarquimpol est connu depuis longtemps. On pensait qu'il était occupé à l'époque romaine (IIe -IIIe s.) par un relais routier sur la voie de Metz à Strasbourg6. Plusieurs faits, toutefois, ne cadrent pas avec ce statut mineur. Certaines pièces sculptées7, par exemple, sont de très bonne facture, en particulier de grands chapiteaux composites8 qui proviennent d'édifices importants. En 1981, la photo aérienne fit apparaître un théâtre dont la cavea empiète sur ce qu'on interpréta alors comme un imposant bâtiment9.Dès la première campagne, la prospection géomagnétique confirma pleinement ces indices avec la découverte d'un grand portique à colonnes de 200m de long et d'un axe d'une grande largeur. Elle a révélé tout autre chose qu'un petit relais routier. Dans l'antiquité, Tarquimpol était plus étendu que Sarrebourg et s'apparentait plus à une ville qu'à un village. C'était une agglomération qui doit être située entre vicus et civitas. Le site comportait un immense sanctuaire, peut-être l'un des plus importants de Gaule, et servait de centre administratif10. Dans ce contexte, la présence d'un théâtre s'explique enfin. Ce que l'on prenait pour des portiques, à l'arrière de l'édifice, serait plutôt une large voie processionnelle, qui en coupait perpendiculairement une autre du même type. Le réseau des rues s'organisait en rapport avec elles de façon assez ordonnée ; il était relié aux grandes voies romaines qui traversent la région.On sait que la localité a été détruite vers 250, lors des invasions barbares. On supposait, sans que rien ne l'affirme vraiment, qu'il n'avait pas été relevé. L'autre grande révélation de la prospection actuelle est qu'il fut à nouveau occupé à partir de la moitié du IVe s., pour une centaine d'années, jusqu'à la moitié du Ve s. Paul Diacre mentionne en effet Tarquimpol et précise que les Huns y sont passés11. Contrairement à la ville classique, qui était une ville ouverte, cette nouvelle occupation, plus restreinte que la précédente, était ceinte d'un rempart de terre : on le connaissait déjà mais il peut désormais être daté de cette période avec certitude. La vie économique et l'habitat s'arrêtèrent à partir de la moitié du Ve s. bien que le culte semble avoir continué et que le site ait encore accueilli des sépultures par après.Grâce au lavage de la terre, on a découvert des objets de la vie quotidienne de Basse Époque en fer, en verre et en os. Des traces de petites industries ont pu être mises en évidence par des creusets pour fondre le bronze et des peignes fabriqués en bois de cerf. Tout indique que le monnayage existait encore en ce temps-là12 et que le commerce proposait des objets d'origines diverses, de Cologne et des Ardennes, par exemple. Les travaux ont livré une importante collection de sigillées d'Argonne et de céramiques de type Mayen. Le monde des échanges fonctionnait donc encore lorsque les Huns ravagèrent la région.
L'importance de Tarquimpol à l'époque classique et la réoccupation ultérieure du site trouvent vraisemblablement leur explication dans l'exploitation du sel. Dans cette industrie, le briquetage est bien connu pour l'époque protohistorique13 ; à l'époque romaine, toutefois, on préféra utiliser des poëles. Pourtant, si l'on est sûr que que l'exploitation s'est poursuivie sans discontinuer, elle n'a laissé aucune trace. La première mention qu'on en retrouve date du VIIe s. et fait état du même procédé que celui que pratiquaient les Romains. Un des objectifs des recherches actuelles est de clarifier ce hiatus de notre documentation : les chercheurs voudraient appliquer aux couches archéologiques de Tarquimpol des méthodes de recherche mises au point en Allemagne et aux Etats-Unis et qui ont porté leurs fruits dans des cas semblables.
Decempagi aurait donc été un grand sanctuaire et le centre urbain et administratif du Saulnois, où le sel constituait une richesse économique essentielle ; son abandon tiendrait à la fin du système routier romain. Celui-ci, en effet, cesse d'être entretenu à l'époque même où décline la seconde occupation de Tarquimpol. Or le bourg en dépendait entièrement pour exporter le sel ; il ne disposait pas de voie navigable qui pût remplacer la route. Marsal, Moyenvic et Vic-sur-Seille, au contraire, présentaient cet avantage, aussi voit-on ces localités prendre la relève à l'époque mérovingienne. L'équipe de l'Université de Francfort a d'ailleurs le projet d'étendre sa recherche sur l'antiquité tardive et le haut moyen age dans la vallée de la Seille en coopération avec Laurent Olivier, conservateur au Musée des Antiquités Nationales à Paris, qui fait déjà des recherches depuis quelques années sur la production du sel dans cette région à l'époque gauloise.