Reliefs rupestres gallo-romains de la région de Bitche

Dans la forêt de la région de Bitche, plusieurs reliefs rupestres gallo-romains témoignent de la persistance de cultes gaulois sous une forme romanisée. Notre article vous en propose trois, qui seront aussi l’occasion de belles randonnées.

Le rocher de Diane à Roppeviller

A la sortie du village de Roppeviller, un chemin pavé reprend peut-être le cours d’une voie romaine qui mène à Eppenbrunn et Pirmassens. Le soin apporté au pavage en montre l’importance. Non loin de là, le rocher de Diane était ainsi un lieu de dévotion pour les voyageurs qui s’engageaient dans la forêt.

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La voie, avant son entrée dans la forêt

Le bas-relief est sculpté sur la paroi d’un massif de grès, le Lauersteinerwald. Espérandieu [1] le place dans la forêt d’Eppenbrunn, près de St-Ingbert et en donne un dessin et une description légèrement erronés. Ces inexactitudes s’expliquent par le trouble politique de l’époque : Espérandieu laisse entendre dans l’introduction de son volume qu’il eut beaucoup de peine à visiter la région. Les renseignements qu’il a récoltés sont parfois de seconde main, comme c’est le cas pour ce relief rupestre. Lutz reprend sa description [2], mais ni l’un ni l’autre ne dit explicitement que la voie est romaine.

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La voie dans la forêt
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Le rocher de Diane. Vue générale

Le rocher de Diane fait 1,50 m. de haut et 2 m de large. Le bas-relief représente trois personnages de face et debout : Diane au centre, accompagnée d’un dieu masculin de part et d’autre. Le grès est très érodé, surtout dans la partie inférieure.
Si l’identification de la déesse est assurée, on a beaucoup discuté de celle des dieux : Espérandieu et Lutz parlent d’une suite Hercule-Diane-Mars, mais Forrer préfère Dieu inconnu-Diane-Sucellus [3].
Le dieu de gauche est nu. Il tient une lance de la main droite et porte sur l’épaule gauche un manteau qui retombe sur le bras.
Diane est vêtue d’une tunique à manches qui lui couvre la poitrine et s’arrête au dessus des genoux. Elle tourne le visage vers la droite et, le bras droit replié, prend une flèche dans le carquois qu’elle porte en bandoulière. Elle tient un arc de l’autre main.
Le dieu de droite porte un manteau dont le plissé passe sur son bras gauche. Il tient une lance à droite.
A ces divinités il faut ajouter deux chiens. L’un apparaît encore parfaitement, assis aux pieds de Diane, entre la déesse et Mars, vers qui il tend le museau. L’autre a entièrement disparu aujourd’hui. Il était debout, entre Diane et le dieu de gauche ; son corps passait derrière les jambes de la déesse. La bibliographie ne mentionne pas ce chien, mais il est bien visible sur des photos anciennes du bas-relief [4].

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Le rocher de Diane
Survoler le logo pour découvrir la reconstitution

Les deux dieux sont difficiles à identifier. Hercule est ordinairement représenté avec une massue et la peau du lion. Ce que nous prenons pour un manteau pourrait aussi bien être cette dépouille, tant le relief est abîmé à cet endroit. D’autre part, l’effigie de Roppeviller n’a pas le corps puissant qui caractérise Hercule, ni sa barbe.
La lance du dieu de droite ne saurait passer pour le maillet à long manche de Sucellus. L’association Diane-Sucellus est d’ailleurs fort rare [5]. Le dieu n’a pas non plus ici le casque et le bouclier, qui sont les attributs habituels de Mars.
Pourtant, il n’y aurait pas à s’étonner de voir Hercule et Mars accompagner Diane. A Deneuvre (Meuthe-et-Moselle), Hercule est le maître d’un sanctuaire d’eaux curatives. Mars perd en Gaule une partie de son caractère guerrier pour devenir parfois un dieu guérisseur. Les représentations de Diane sont fréquentes dans la région. Protectrice des forêts et de la chasse, elle est bien à sa place à cet endroit, près d’une voie qui traverse une région boisée. Dans la Gaule romanisée, Diane protège aussi les sources, en particulier celles dont les eaux sont curatives [6]. Elle se substitue parfois dans nos régions à la déesse locale Sirona. Or il n’est pas exclu que le relief de Roppeviller ait un rapport avec trois sources des environs [7].

En reprenant le chemin Helmut-Kohl dans la direction d’Eppenbrunn, on pourra faire une fort belle randonnée sur l’Altschlossfelsen (voir Lien en fin d’article).

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Altenschlossfelsen

[1] Emile ESPERANDIEU, Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, Paris,1913, V, 4474.

[2] Marcel LUTZ, La Moselle gallo-romaine, SHAL, section de Strasbourg, 1991, p. 251.

[3] Robert FORRER, Diane et Sirone, déesses des sources curatives, Haguenau, 1935, p. 36.

[4] Cf. Hans-Joachim KÖLSCH-BRAUCH, Eppenbrunn, das Tor zum Wasgau, Eppenbrun, 1992. L’auteur y publie une photographie prise dans la 1e moitié du XXe s.

[5] Il semble même que le musée de Mayence en possède l’unique représentation. Cf. Paul-Marie DUVAL, Les dieux de la Gaule, Paris, éd. augmentée, 1993, p. 89.

[6] Nous en donnons plus bas un autre exemple à Lemberg, où elle est clairement associée à une source.

[7] Une de ces sources est en territoire allemand. Les deux autres, la Josephsbrunne et la Hirschbrinnel, sont dans l’emprise du camp militaire de Bitche.

Publié le 7 juin 2003 par Marc Heilig

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5 commentaire(s)
Reliefs rupestres gallo-romains de la région de Bitche - 2 novembre 2006, par OT DU PAYS DE BITCHE

Bonjour,

Je travaille à l’Office de Tourisme du Pays de Bitche et je viens de découvrir ce site qui est très intéressant.

J’aimerais prendre contact avec vous afin de mettre éventuellement votre site en lien sur le notre.

J’attends de vos nouvelles.

03.87.06.16.16

Reliefs rupestres gallo-romains de la région de Bitche - 26 août 2006, par Schmit Sébastien, prospections SRA, inventeur de sites paléo-méso-néo...
Je peux vous envoyer des photos d’ue représentation anthropomorphe sur bloc de grès, découverte à Gros-Réderching. J’aimerais avoir votre avis.
Reliefs rupestres gallo-romains de la région de Bitche - 29 août 2006, par Marc Heilig

Merci pour vos deux messages. Je suis heureux qu’archeographe vous ait accompagné dans vos randonnées archéologiques. C’était un de nos objectifs lorsque nous avons créé ce site, et cela le reste encore.

Je ne connais pas le bas-relief de Gros-Réderching, et je ne me souviens pas d’avoir vu celui du Donon dont vous parlez. Cela m’intéresse beaucoup. Pourriez-vous m’en envoyer des photos ? Peut-être est-il possible de faire des rapprochements, de les dater, de les replacer dans un contexte... Les scènes de chasse sont d’un symbolisme assez clair et commun aux civilisations celte, grecque et romaine. Le Musée archéologique de Strasbourg, par exemple, présente un vase en verre d’époque mérovingienne sur lequel est gravée une chasse au sanglier. C’est donc un thème qui perdure longtemps.

Peut-être aimeriez-vous partager vos découvertes avec nos lecteurs. Nous aimerions beaucoup publier un article sur le Donon, entre autres. Si cela vous tente, n’hésitez pas.

Dans l’attente de vous lire,

Cordialement,

Marc Heilig

Reliefs rupestres gallo-romains de la région de Bitche - 5 septembre 2006, par Marc Heilig
Merci pour votre réponse. Vous pouvez envoyer les photos à mon adresse ci-dessous. Je suis très curieux.
stèle antique ? site web préhistoire pays de Bitche - 24 décembre 2006 - http://www.ac-nancy-metz.fr/pres-et...
J’avoue ne plus avoir consulté votre site depuis longtemps. Faites-moi parvenir votre mail et je vous enverrai des photos. Si la préhistoire vous intéresse, j’ai créé un site web présentant quelques-unes de mes découvertes : http://ac-nancy-metz.fr/pres-etab/colljeanjacqueskiefferbitche/partenaires/site_prehistoire
> Reliefs rupestres gallo-romains de la région de Bitche - 10 juillet 2003, par Thierry Chataigneau (Kistinos Nertomari sur le forum Aremorica)

Cher Monsieur,

Je suis particuliérement intéréssé par les différents sujets que vous développez sur Archéographe. J’habite depuis seulement 2 ans en Alsace et j’ai eu la joie, à l’occasion de mes promenades, d’observer de très beaux témoignagnes d’art rupestre (probablement) gallo-romains.

En premier lieu au Donon, la représentation sur le rocher (la table monolithique qui supporte le temple/musée du 19ème S.) d’un affrontement entre sanglier et lion (une copie, l’original étant exposé au musée d’Epinal, il me semble) m’intrigue. Cette sculpture est légendée comme représentant une légende ou récit mythologique celte. En connaissez-vous l’existence ? le sens ?

Par avance, merci pour votre réponse.

Thierry Chataigneau cthierry@aspirine.u-strasbg.fr