Une ville thermale gallo-romaine. L’antique Niederbronn
Niederbronn-les-Bains, ville thermale alsacienne, a redécouvert durant cette dernière décennie son passé antique. La corrélation entre les donées récentes et les observations savantes remontant au XVIe siècle permet désormais d’esquisser le plan de Niederbronn gallo-romain. Cette cité qui, dans la mémoire collective, a toujours été considérée comme ayant un passé antique fort, est historiquement située dans la province de Germanie Supérieure, sur le territoire des Triboques.
Le secteur géographique de Niederbronn se distingue du reste de la région par son caractère montagneux, mais aussi par l’orientation ouest-est du réseau hydrologique, contrairement à l’axe principal de la région, le Rhin. Niederbronn fut bâtie au sortir de la vallée de Bitche-Philipsbourg s’ouvrant sur la plaine d’Alsace, entre les Vosges gréseuses et les collines sous-vosgiennes. L’important réseau de failles, particulièrement serré dans la région, explique la présence des sources minérales. La source dite romaine, toujours utilisée de nos jours, a d’ailleurs été déterminante dans l’installation romaine dès le Ie siècle ap. J.-C.
Les premières observations archéologiques
Le plus ancien témoignage relatif aux « antiquités » de la ville nous vient d’Elisaeus Roesslin, un érudit né en 1515 à Pleiningen près de Stuttgart, en Allemagne. Il exerçait la médecine et, pour le compte de Philippe IV et de Philippe V de Hanau-Lichtenberg, va étudier les propriétés des eaux de Niederbronn. C’est à cette époque et sous l’impulsion des comtes que le thermalisme redémarre au cœur de cette cité. Dans son ouvrage écrit en 1593, Roesslin glorifie l’Alsace, vante les eaux de Niederbronn et fait œuvre d’archéologie en étudiant les 300 monnaies trouvées dans la source romaine lors de la réfection du bassin. Elles resteront dans les collections du musée jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale où l’on perd ensuite leur trace.

- Ouvrage d’Elisaeus Roesslin (1593).
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Le livre relate les découvertes des monnaies romaines dans le bassin antique.
Photo P. Prévost-Bouré
Il faudra attendre le XIXe siècle pour qu’une observation à but scientifique soit de nouveau réalisée sur les vestiges antiques. Elle est l’œuvre de Charles Matthis, né en 1851 à Gerstheim, qui s’installe à Niederbronn en 1877 comme directeur de l’hôtel de la Chaîne d’Or. A partir de 1910 et jusqu’à sa mort en 1925, Charles Matthis se consacra entièrement à ses recherches et études dans le domaine de l’archéologie locale et régionale. Son intérêt pour les récits, contes ou légendes, le sensibilise dès son plus jeune âge à l’histoire. Les antiquités découvertes au Riesack à Niederbronn, et lors de la construction de la ligne de chemin de fer Haguenau-Niederbronn en 1864, attirent sa curiosité. Ses nombreuses recherches sur le terrain lui ont permis de dresser un inventaire des sites de la région. Il s’intéressa à toutes les époques et en particulier à la période gallo-romaine, ses manuscrits devenant une source incontournable d’information pour connaître le sous-sol de cette cité thermale.
La découverte des thermes

- Fouilles de mai 1982.
- Photo Maison de l’Archéologie de Niederbronn.
En 1835, la présence d’un établissement thermal fut mise en évidence par les travaux opérés dans la rue de la Petite Cité, aujourd’hui rue des Romains. Dix années plus tard, le creusement des fondations de l’école catholique de garçons au 17 de cette même rue mit au jour une abside et un hypocauste. Cette observation sera confirmée lors des fouilles de 1993. A proximité, aux numéros 15 et 15a de la même rue, Charles Mathis mena une fouille en 1913 mettant au jour un hypocauste, quelques fragments de baignoire et des monnaies du IIIe siècle ap. J.-C. Il publia cette découverte, localisée à l’ouest et dans le prolongement des structures dégagées en 1993.

- Fouilles de mai 1982.
- Photo Maison de l’Archéologie de Niederbronn

- Fouilles de mai 1982.
- Photo Maison de l’Archéologie de Niederbronn
En 1955, on observa un mur romain sur une longueur de 50 à 60 m longeant cette rue de la Petite Cité ou rue des Romains, à partir de la gendarmerie jusqu’au garage Groll. Devant l’école de garçons, ce mur servait de contrefort à une voûte en briques d’une hauteur de 80 cm. Les débris de briques noircies mélangés à la terre noire, de la cendre et de la suie, font penser à un four qui aurait servi à chauffer l’eau des thermes. Cette observation situe approximativement le mur sud des bâtiments thermaux. De plus, le foyer dont il est question semble correspondre au système de chauffe avec son praefurnium desservant le tepidarium du complexe thermal. Cette installation de chauffe date des réaménagements liés au second état de cette partie des thermes, caractérisé par la reprise de l’hypocauste séparé en deux unités de chauffe.

- Fouilles de mai 1982.
- Photo Maison de l’Archéologie de Niederbronn
La typologie des thermes

- Plan de détail des fouilles effectuées sur la place Marchi.
- Elles correspondent aux bâtiments antiques des thermes situés plus à l’est.
Il apparaît que les vestiges de l’établissement thermal constituent l’extension la plus orientale des installations. D’un point de vue typologique, le bâtiment appartient à la catégorie des thermes dits allongés : Reihentyp, où les différentes pièces sont disposées en enfilade, selon un itinéraire rétrograde allant de l’apodyterium au frigidarium, puis au tepidarium, pour finir avec le caldarium. Ce type de plan, qui apparaît à Donnestetten à la fin du Ie siècle, s’impose au long des IIe et IIIe siècles. Répandu dans les castra du limes rhénan, on le trouve également dans les thermes publics de Kögen ou Rottweil.

- Boucles d’oreilles en or découvertes dans les thermes, place Marchi.
- Photo F. Engel

- Pendant d’oreille en or avec émeraude et grenat.
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Découvert dans les thermes, place Marchi.
Photo F. Engel
A Niederbronn, l’évolution des bâtiments présente trois états successifs. Le premier, daté de la première moitié du IIe siècle, est caractérisé par la succession des différentes salles et l’adjonction d’une abside. Le second état, réalisé dans la deuxième moitié du IIIe siècle, se distingue par l’ajout d’une piscine froide sur la face nord, à hauteur du frigidarium. Le troisième état consiste en une salle tout en longueur, s’individualisant par son appareillage et une construction relativement médiocre. Sa réalisation se situe selon toute vraisemblance dans la première moitié du IVe siècle, à l’époque de Constantin, où la station thermale témoigne d’un léger rétablissement lié à la proximité de Trèves, alors capitale de l’Empire.

- Fouilles des thermes romains place Marchi, 1993.
- Photo P. Prévost-Bouré
Un temple octogonal
Nous signalerons également une fouille réalisée par Charles Mathis dont nous ne connaissons pas la date, et que Grenier publia en 1926 dans le Bulletin archéologique. L’auteur reprend exactement les indications figurant sur les manuscrits de Charles Mathis, conservés dans les archives du musée. Il s’agit, précise-t-il, d’un temple octogonal de 10 m de rayon, à quatre ouvertures de 1,60 m de large. Le sol ne présentait pas de trace de dallage. A quatre mètres de distance, un bâtiment de forme rectangulaire, en deux parties égales, s’étendait sur 20 m de longueur. Ses murs avaient une épaisseur de 0,60 m.

- Bassin hexagonal.
- Photo Maison de l’Archéologie de Niederbronn
Si l’auteur nous décrit ensuite les trois salles le composant, il ne donne malheureusement pas d’indication précise quant à son positionnement cadastral. Les manuscrits de Charles Mathis n’offrant pas plus de précision, nous en sommes réduits à situer ces constructions dans le secteur est de la ville et sur le côté sud de la rue des Romains. En effet, Mathis et Grenier mentionnent seulement l’indication de la rue et les directions de Reichshoffen ainsi que du centre de la ville. Il est intéressant cependant de signaler l’existence d’un tel site à proximité de l’établissement thermal mis au jour en 1993.
Les bassins
Dans son ouvrage publié en 1593, Elisaeus Roesslin signalait l’origine romaine des bassins où il avait trouvé 300 monnaies. J. Kuhn, médecin à Niederbronn, précise que la construction des bassins révélait deux époques différentes. La première représentée par un bel appareillage en pierre de taille et la seconde, en partie supérieure, par une maçonnerie moins bien soignée et que Roesslin attribuait au temps du roi Dagobert. Sur la base des monnaies recueillies et décrites par E. Roesslin, le premier état peut être daté de la seconde moitié du Ie siècle ap. J.-C. D’un diamètre de 6,25 m et d’une hauteur de 3,80 m, il est composé de blocs présentant un module de 1,50 x 0,50 m surmonté d’une corniche ou margelle en corrélation avec le sol dallé gallo-romain. Le second état, surmonté d’une corniche réduisant l’ouverture du bassin à 5,35 m, vient rehausser le premier d’une hauteur de 3,20 m. Ce rehaussement est d’interprétation difficile en l’absence de référence de niveau sur les anciens plans de 1938. Sa datation et le lien qui aurait pu exister avec les vestiges des thermes sous la place Marchi restent énigmatiques pour le moment. La réfection peut être moderne ou médiévale.




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