Nous présentons ici deux stèles funéraires romaines de Metz. Elles sont incluses dans la maçonnerie du Moulin des Termes, en compagnie d'une statue du XVIe s.
Le Moulin des Termes
Les sculptures romaines sont connues depuis longtemps. Jean-Jacques Boissard1 les situe précisément : « ad catarachtas Mosellae, sub fornice, prope pistrinum terminorum ». L'ouvrage de Nicolas et Jean-François Tabouillot situe de même la stèle à l'homme en pied2 : « placée, à droite, dans la pile qui est au milieu de l'écluse, près du Moulin du Terme, entre le pont Moreau et celui de Saint-Georges. »
Plus tard, en 1874, Charles Lorrain3 nous donne d'autres précisions : « dans l'avant-bec de la pile du Pont-des-Thermes, flanquant une tombe d'abbesse de 1516, vulgairement connue sous le nom de la Reine Gilette. » Espérandieu les décrit en 19134.
Les inscriptions de ces stèles ont aussi été publiées, l'une dans l'ouvrage de Charles Robert5, qui l'étudie avec précision, et les deux dans Espérandieu et dans le C.I L.
Le Moulin des Termes est un lieu très ancien de Metz, entre le pont Moreau et le pont St Georges. Bien que Robert et Lorrain écrivent Thermes, il faut suivre Boissard, plus proche de l'origine de l'édifice. Il utilise le mot latin terminus, que Tabouilot traduit par terme. Ce mot évoque une limite de terrain, alors qu'aucun édifice thermal n'est connu à cet endroit.
Robert nous apprend que le mur de l'écluse fut construit en 1514. « Jehan Bernhard », dit-il, « fermier du moulin, avait obtenu, pour reconstruire son écluse, de grosses pierres de taille provenant de diverses fouilles. »6 
Une carte postale de la fin du XIXe présente un endroit encombré de bâtiments disparates.
Sur une autre, postée en 1909, on a repris la photographie au dessin pour placer le moulin et la chute d'eau par une nuit de pleine lune et en accentuer l'aspect désolé et inquiétant.
Les sculptures sont de l'autre côté, en amont de la chute. Elles ne sont accessibles que par bateau, mais on peut les distinguer depuis le pont Moreau. L'endroit a peu changé.

Les bas-reliefs romains
La stèle de gauche7 fait environ 1,40 m de haut sur 0, 60 m de large. Elle représente un homme debout, dans un cadre au sommet arrondi et au socle simplement piqueté. L'homme porte une tunique et une paenula8 ; il a le bras droit replié sur la poitrine, mais le bras gauche plus déplié sur lequel passe un pan du manteau. De ce côté, le personnage tient un coffret. Le visage est abîmé. 
La seule inscription est au dessus de l'arc de la niche. En lettres soigneusement gravées, on lit
C A R O
Ces lettres occupent toute la largeur de la stèle et forment donc une inscription complète.
La stèle de droite9 a 1,50 m de haut et 0,60 m de large. Elle est divisée en deux registres superposés.
En haut, dans une niche, est représenté le buste d'un homme imberbe, vêtu d'une tunique et d'un manteau. Le visage est abîmé. Au dessus de cette niche se trouve l'inscription
D M
NOCTVRNIONOCTVR
NIANOMEROCLIA
CONIVXPOSVIT
Que l'on rétablit ainsi : D(iis) M(anibus) Nocturnio Nocturniano Meroclia coniux posuit 
Le registre inférieur est un bas relief inscrit dans un rectangle allongé. Il représente un homme vêtu d'une tunique, conduisant une charrette à deux roues attelée d'un cheval. Espérandieu ajoute que l'homme est imberbe et qu'il tient de la main droite un fouet à deux lanières, mais l'état de la pierre ne permet plus de distinguer ces détails .
Méroclia, épouse de Nocturnius Nocturnianus, a donc réalisé ce monument à la mémoire de son mari. Le bas-relief inférieur est sans doute une indication qui le concerne.
La statue du XVIe s.
Quant à la statue du XVIe s., elle représente une femme debout, vêtue d'une robe par dessus laquelle est drapé un manteau ; elle a le bras gauche replié sur le ventre et tient de la main droite un pan de son manteau. Les pieds manquent, et la tête a éclaté.
Il s'agit peut-être de la pierre tombale d'une abbesse. Dans ce cas, à sa place originelle, elle devait être couchée, comme un gisant. Un petit toit à deux pans est sculpté au dessus de la dame ; il est lui-même surmonté de la date de 1516.
Cette date est en contradiction avec le texte de Ch. Robert. Il affirme en effet que le mur fut construit en 1514 avec des pierres que Jehan Bernhard avait récupérées, et il semble que cette date doive être tenue pour assurée puisque le contrat existe encore. On doit sans doute admettre que la statue fut placée là bien plus tard, à un moment où, pour une raison qui nous échappe, elle devint elle-même une pierre que l'on pouvait récupérer. Joseph Cajot, en 1760, rapporte la légende attachée à cette effigie10, ce qui exclut qu'elle ait été retirée de son emplacement initial à la suite des troubles de la Révolution.
Ch. Robert, sans tenir compte de cette date de 1516, termine ainsi son article : « Parmi les débris de monuments vendus à Jehan Bernhard pour la reconstruction de son écluse, se trouve une assise venant de quelque église du moyen âge et représentant une femme ; or cette figure est voisine, dans le mur de l'écluse, du cippe antique où figure un char. Ce rapprochement, suivant dom Cajot et M. Chabert, aurait donné lieu à la légende populaire de la reine Gillette renversée de son char dans la Moselle. »