Autour du dieu Bès

Les croyances populaires de l’Egypte antique étaient peuplées de génies et de divinités mineures proches de la vie quotidienne. Un des plus importants et des plus vénérés, Bès, par son aspect étrange, fait entrer le grotesque dans le panthéon égyptien.

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Ensemble de figurines. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Certaines sont en terre cuite, d’autres en faïence bleue. Sur l’une, Bès porte un récipient allongé. Au milieu, figurine de Bès dédoublé avec trous de fixation. Celle de droite, au fond, représente Bès avec visage de face et corps de profil.

La dévotion de Bès est vraisemblablement déjà établie lorsque nous saisissons la civilisation égyptienne. Le dieu traversa toute l’époque pharaonique. Durant la période ptolémaïque, on le représentait sur des bas-reliefs et certains éléments architecturaux. Le peuple égyptien lui resta fidèle alors même que le christianisme devenait la religion dominante.

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès nu avec plumes.
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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès nu, avec plumes.

Bès est un gnome contrefait. Selon la convention égyptienne qui veut qu’on représente chaque partie du corps dans ce qu’elle a de reconnaissable, il est représenté de face [1]. On pouvait ainsi détailler à loisir ses traits burlesques. Il porte une grande barbe bien fournie [2], qui accentue encore l’aspect à la fois grimaçant et réjoui de son visage : tête massive, gros sourcils, pommettes saillantes, lèvres épaisses.

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès nu. Cette figurine a aussi un trou pour passer une corde.
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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès nu.
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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Sur cette figurine, Bès est vêtu d’une jupe. Les plumes ont disparu.

Il a parfois le crâne chauve, mais est plus souvent coiffé de hautes plumes. Il est généralement nu (bien qu’une figurine du Musée du Caire le montre habillé d’une jupe), avec un ventre imposant et une poitrine généreuse, et l’on se plaît à mettre son sexe en évidence.
Notre petit génie tient souvent un instrument de musique, harpe ou tambourin, ou parfois un grand hiéroglyphe qui traduit son rôle de protecteur.

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès avec une peau de lion nouée sur la poitrine. Remarquer le trou dans les plumes, qui permettait de passer une corde et de porter la figurine.
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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès avec une peau de lion, dont les pattes pendent sur sa poitrine.

A partir du Nouvel Empire, il peut porter des ailes, ou une peau de lion. L’époque gréco-romaine l’armera d’une épée et d’un bouclier.

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès en armes, avec épée et bouclier. Traces de polychromie sur les plumes.
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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès en armes, avec épée (disparue) et bouclier.
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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès dédoublé.

Les figurines le dédoublent quelquefois, ou lui attribuent des éléments d’autres divinités, Isis, Horus ou Bastet essentiellement. Bès accompagne aussi des dieux jeunes, substituts d’Horus comme Harpocrate, auquel il est associé sur une stèle du Louvre : il déploie ses ailes au dessus du dieu enfant, qui est debout sur un crocodile et empoigne des animaux malfaisants [3]. Bès a un double féminin, Besèt, que l’on considère parfois comme sa mère.
Bès est un dieu protecteur. Il veille en particulier sur les nouveaux-nés, les enfants et les femmes en couches. Son aspect peu engageant repousse les êtres malfaisants, reptiles, scorpions et animaux dangereux. Les armes dont on l’affuble renforcent encore ces vertus. Lorsqu’elle rassemble plusieurs pouvoirs divins, sa protection devient quasi universelle.

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès est chauve. Il est entouré d’animaux (lions, chèvres).
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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès porte une peau de lion, que l’on voit sur sa poitrine.

Nous ne connaissions pas de véritable sanctuaire de Bès jusqu’à ce que l’on découvre, il y a peu, un temple de l’oasis de Bahariya qui pourrait lui être consacré. En effet, les pouvoirs du dieu concernaient avant tout la vie domestique [4]. On le représentait sur les vases et sur des stèles.

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès tient deux grandes plumes. Celles de sa coiffe ont disparu.

Les figurines à son effigie sont innombrables et d’une grande diversité. On les plaçait sur l’autel de la maison. Elles servaient aussi d’amulettes. Toujours dans un registre familier, Bès est encore un dieu de la parure et de la toilette. Il ornait le manche des miroirs.

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Bès nu. Sa coiffe de plumes a disparu.

Son visage bouffon en fait le dieu de la joie [5].

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Belle figurine, de travail soigné. Seul le visage de Bès est représenté.
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Figurines en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Plusieurs figurine de Bès, de tailles fort différentes. Sur celle du milieu, Bès est chauve et glâbre ; son bras droit est pourvu d’un trou, qui permettait de fixer un avant-bras articulé ; de la main gauche, le dieu tient un objet ou peut-être un serpent.

Ses mimiques, ses danses, ses qualités de musicien, en font un compagnon agréable. Il répand la bonne humeur au milieu des hommes ; ses grimaces et le vacarme de son tambourin éloignent d’eux toute influence néfaste. Les danseuses en avaient fait leur patron ; elles marquaient même leurs cuisses d’un tatouage à son éffigie.

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Figurine en terre cuite. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Sur cette figurine, qui conserve des traces de glaçure plychromes, Bès tient quelque chose dans le creux du bras gauche (un enfant ?) et porte de la main droite de la nourriture à la bouche.
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Figurine en faïence. Musée du Caire. Photo M. Heilig
Belle figurine en faïence bleue d’un Bès particulièrement grimaçant.

Le rôle de Bès dans le sommeil est essentiel : il maintient les génies maléfiques à l’écart des rêves. On le représente donc sur les lits et sur les repose-tête. A mi-chemin entre culte officiel et croyance populaire, on faisait grand cas de ses dons de guérisseur. A Saqqarah, son visage ornait des chambres spécialisées où l’on recevait des pèlerins. Ils y passaient la nuit dans l’espoir que le dieu les visite en songe et les guérissent de troubles sexuels.

[1] C’est cette convention qui fait que l’art égyptien représente, par exemple, les visages de profil avec un œil de face. Le corps de Bès suit parfois les conventions habituelles (épaules de face, bassin et jambes de profil) mais son visage est toujours de face.

[2] C’est une véritable barbe, et non un postiche comme en portent les autres dieux.

[3] Ce genre de stèles, qui cumule les aspects protecteurs, constituaient de redoutables talismans.

[4] Bès est ainsi associé à Bastet, à Hathor, à Bésèt et à Thouéris.

[5] De tout temps, les hommes de petite taille ont été associés au rire. Il suffit de penser aux nains qui officiaient comme bouffons dans nos cours seigneuriales, et qui jouissaient pour cela d’un statut d’une certaine importance. L’Egypte les appréciait aussi. Mais plus que d’un nain, Bès semble avoir les traits d’un Pygmée. On sait qu’Hatchepsout, lors de son voyage à Pount, rencontra une tribu de Pygmées, dont la reine est représentée sur les bas-reliefs peints de son temple funéraire de Deir el-Bahari. D’après la légende, les Pygmées étaient établis aux sources du Nil.

Publié le 21 février 2004 par Marc Heilig