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Pour citer cet article :
http://www.archeographe.net/article59.html
lundi 11 novembre 2002, par Jacques Varoqui
La r�gion du Sud-Togo et Sud-Ghana a la particularit� de voir na�tre de nombreux jumeaux. On ignore la raison exacte de ce ph�nom�ne. La mortalit� est importante dans ce cas. Cela donne lieu � la production de curieuses statuettes de bois qui repr�sentent les jumeaux d�funts.
Les jumeaux « Bosetti »
La collection de l’Espace Africain des Missions Africaines, � Haguenau, poss�de une s�rie de 23 statuettes repr�sentant des jumeaux. Elle fut collect�e par le P. Ugo Bosetti � Kouv� au Togo, en 1958. Chez les Ew� ces statuettes sont d�nomm�es v�novi (v�naviwo au pluriel) ; chez les Ashanti ce sont des ibedji . On trouve ces poup�es de jumeau chez les Ew�, Fanti et Ashanti de la c�te du Golfe du B�nin. En voici huit exemples disparates…
L’ensemble des jumeaux « Bosetti » pr�sente la particularit� de comprendre plusieurs traditions sculpturales. Elle compte huit pi�ces en bois blanc issues d’un m�me atelier ashanti.
Trois sont d’un autre atelier ashanti . Elles sont en bois rouge.
Quatre sont r�solument d’origine fanti. La deuxi�me statuette � partir de la gauche, a la bouche creus�e pour recevoir le repas d’un grain de riz.
Le sens ces statuettes
Contrairement � ce que pensent beaucoup de collectionneurs ou experts, les statuettes de jumeau ne fonctionnent pas par couple comme les statuettes d’anc�tres. Elles sont � prendre chacune dans l’individualit� de leur signification. Le P. Bernard Bardouillet, sma, a collect� aupr�s de Fran�ois Gbedevi et Beno�t Houndjafo, demeurant � Adamavo-Lom�, un document explicatif dont ce qui suit est la transcription.
Sur la c�te-est du Golfe du B�nin, une naissance est un �v�nement heureux qui intervient dans le contexte qui relie la vie � la mort. La croyance dans la r�incarnation est toujours vivace, malgr� l’influence du christianisme. A la naissance d’un enfant, il faut �couter parler les anc�tres � travers les devins ou ceux qui pratiquent la n�cromancie. Il y a certaines naissances auxquelles il faut attacher une attention particuli�re. Ce sont les naissances qui se pr�sentent « les pieds devant ». On doit les v�n�rer pour ne pas attirer sur son foyer la col�re de ces « demi-dieux » [1].
La naissance de jumeaux, jumelles ou tripl�s est tout aussi charg�e de signification. Les naissances multiples, � la maternit� ou � l’h�pital, ou plus naturellement chez les accoucheuses traditionnelles, sont fr�quentes dans cette r�gion. On se pose n�cessairement des questions. Sont-ils n�s naturellement, en pr�sentant la t�te la premi�re ? L’un d’eux a-t-il pr�sent� les pieds en premier ? Qui est sorti le premier ?
Le pr�nom de l’enfant d�pend de ces corollaires. Le devin d�termine « l’arbre duquel sont descendus les b�b�s ». Le lignage de la g�mellit� est-il paternel ou maternel ? Un repr�sentant du lignage interroge les b�b�s :
« Etrangers, vous n’avez pas encore de noms, �tes-vous venus nous visiter ou restez-vous avec nous ? Si c’est pour nous visiter, vous pouvez partir de suite, mais si c’est pour �tre des n�tres, vous �tes les bienvenus ».
Il fait alors une libation. Cela se reproduit pendant huit � seize jours suivant la d�cision du devin.
Vient alors le rite de la sortie au village des jumeaux. D�s le matin les parents vont en brousse, pr�s de la maison, pour cueillir des herbes destin�es � la c�r�monie. Elles symbolisent la brousse o� l’on fabrique les fl�ches, les carquois et les hottes dont tout le monde se sert dans la vie courante. En rentrant ils ex�cutent des chants o� l’on exalte la bravoure et la vaillance des jumeaux. Des danses sont ex�cut�es autour d’un boisseau [2]. Chacun d�pose les herbes cueillies. Un gar�on, si c’est des jumeaux, une fille, si ce sont des jumelles, ou un gar�on et une fille si ce sont de faux-jumeaux, proc�dent � la sortie des b�b�s. Les enfants sont d�pos�s sur le boisseau et les herbes. Leur p�re rentre dans le cercle et on lui d�pose sur la t�te les b�b�s dans la corbeille. Si l’on ne les a pas offens�, le p�re peut danser avec la corbeille sur la t�te sans faire tomber l’un d’entre eux. Mais si l’un d’eux risque de tomber, les danseurs s’arr�tent et on sacrifie deux coqs ou deux poules, selon le sexe des enfants [3].
Apr�s ce rituel, il est du devoir des parents d’�lever un autel o� viendront « manger et boire » les b�b�s [4]. Il se compose d’un petit pot en terre cuite appel� bozi ; de deux pots un peu plus gros pouvant contenir un demi-litre d’eau ; d’une somme de 3 x 35 FCFA ; d’un petit couteau de fabrication traditionnelle ; de coquillages cauris ; d’un rameau de palmier ; de tissu blanc, rouge et noir [5] ; de deux coqs ou deux poules, selon le sexe des b�b�s ; d’un litre d’huile de palme ; de haricot rouge.
Le parrain proc�de � l’ �l�vation de l’autel avec de la terre p�trie, ce qui provoque parfois des naus�es. Pour saisir quelque chose pour la constitution de cet autel, il faut plonger la main dans l’un des pots. Il faut �tre initi�, sans quoi on devient vodun toute sa vie [6].
La mort pr�coce des jumeaux
Les jumeaux sont des �tres dont il faut prendre grand soin, sans quoi, ils risquent de vous quitter pour « aller chercher du bois de chauffe ». C’est � dire mourir. Ils retournent sur l’arbre dont ils sont issus. Lorsque un ou des jumeaux d�c�dent, les parents ne doivent pas pleurer. Pour manifester leur pr�sence parmi les humains, il faut les repr�senter par une statuette. Dans ses d�placements, la maman doit garder sur elle cette statuette. A la maison, au moment du repas, on doit laisser dans un plat, devant la statuette, une partie des aliments que l’�me de l’enfant viendra manger. Si la maman d�c�de, un membre de la lign�e doit donner p�riodiquement � manger � ces enfants qui ne sont pas vraiment morts. On pr�pare � cet effet du haricot rouge avec beaucoup d’huile de palme. On choisit souvent le vendredi pour faire ces sacrifices.
[1] Ce sont des survivants.
[2] Une corbeille ou un couffin.
[3] La transcription de ce passage al�atoire � cause d’une lacune.
[4] C’est � dire les g�nies des b�b�s.
[5] Ce sont les marques du vodun.
[6] Cette remarque est importante pour la compr�hension du vodun.
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Jacques Varoqui
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16. Februar 2006 81 A 103 B |
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