Le Musée Archéologique de Saverne
Le Musée Archéologique de Saverne, l’un des plus riches de la région, présente une collection cohérente, qui provient entièrement des sites environnants. Il donne ainsi une image nuancée et complexe du pays aux IIe-IIIe s., à la fois urbaine et rurale, civile et officielle, celle d’un monde véritablement « gallo-romain » où l’influence de Rome se mêle au fonds indigène.
Les fondateurs du Musée de Saverne
Le passé romain de Saverne est connu depuis fort longtemps grâce aux trouvailles fortuites. Les remparts représentent des vestiges imposants de cette époque. Nous avons déjà publié un article à leur sujet.
Dagobert Fischer (1808-1879) créa le musée municipal de Saverne en 1858 et le dirigea jusqu’à sa mort. Il rassembla les monuments dans une chapelle de l’église paroissiale, et en établit un catalogue qu’il édita en 1872. Il a travaillé aussi sur une histoire de Saverne [1].
Alfred Goldenberg (1831-1897) explora les sites des hauteurs vosgiennes, en particulier le Gross-Limersberg, le Wasserwald et le Fallberg. Ses découvertes enrichirent le musée.
Emile Audiguier (1844-1900) avait participé au catalogue de Fischer lorsqu’il reprit la direction du musée, auquel il céda sa collection personnelle. Il s’intéressa beaucoup à la numismatique, à la sigillographie et à l’archéologie.
Enfin, Alphonse Adam (1844-1905), curé de Saverne, étudia les inscriptions des monuments gallo-romains de la ville. Il dirigea bénévolement le musée de 1900 à 1905, et s’attacha à l’étude épigraphique des inscriptions.
Emile Espérandieu visita les collections de la région un peu avant la Première Guerre Mondiale. Comme il le mentionne dans son introduction, son travail fut grandement entravé par la tension politique du moment. A cause du conflit, son volume, qui était prêt dès le début de 1916, ne put être proposé au public qu’en 1918.
Le musée de Saverne est aujourd’hui installé dans le Château des Rohan, ancienne résidence de l’évêque de Strasbourg [2]. Notre article se limite aux collections lapidaires gallo-romaines [3]. Nous remercions chaleureusement Mme Gabrielle Feyler, directrice du musée, pour l’aide inestimable qu’elle nous a apportée.
Le musée est ouvert toute l’année de 14 à 17h. Du 15 juin au 15 septembre, il est ouvert de 10 à 12h et de 14 à 18h. La fermeture hebdomadaire est le mardi.
Tél. : 03 88 91 06 28
Fax : 03 88 91 05 83
SCULPTURES RELIGIEUSES
A- Divinités isolées
Mercure est, de loin, la divinité la plus représentée. Les autres divinités apparaissent rarement à plus d’un exemplaire. Font exception les déesses mères [4], divinités de la culture celte, et les colonnes au Jupiter terrassant le monstre anguipède.

Stèle du Wasserwald. Grès. IIIe s. Le dieu est figuré dans une niche, debout et nu. Il tient une bourse dans la main gauche et s’appuie sur un caducée de la droite.

Esp 5667. Stèle du Wasserwald. Grès. Hteur : 1,82 m ; Lgeur : 0,70 m. IIe - IIIe s. Mercure est debout, nu, avec une chlamyde sur l’épaule droite. Il tient une bourse de la main droite et s’appuie de l’autre sur un caducée.

Stèle de Hultehouse. Grès jaune. Deuxième moitié IIe s. Le dieu est nu, avec une chlamyde sur l’épaule gauche. Il tient une bourse dans la main droite, un caducée dans la gauche. Inscription au bas de la stèle.

Stèle trouvée à Lohr en 1875, remployée comme dalle d’une tombe mérovingienne. Grès rose. Le dieu est debout, nu avec une chlamyde sur l’épaule gauche. Il porte sur le bras gauche replié l’enfant Dionysos qui présente une bourse, reprenant ainsi le thème iconographique de l’Hermès de Praxitèle. De la main droite, Mercure s’appuyait sur un caducée. A sa gauche, un bouc. Inscription sur le linteau de la stèle.
(D)EO (...)
SACRA (...) SS...
VS M

Stèle de Hultehouse. Grès. Fin IIIe s. Le dieu est dans une niche. Il est debout et nu, avec une chlamyde qui recouvre les deux épaules. Il tient une bourse dans la main droite et s’appuie sur un caducée de la gauche.

Stèle de Saint-Jean-Kourtzerode. Grès rose. Fin IIIe s. Seul la partie supérieure est conservée. Le dieu porte des cornes, qui sont sans doute une interprétation des ailes. Il tient une bourse dans la main droite et un caducée dans la gauche.

Découverte à Kaltwiller (Côte de Saverne). Grès. IIIe s. La main tient une bourse.

Esp 5674. Fragment de statue découvert en 1908 à Saverne, rue de Paris, dans le mur gallo-romain. Grès blanc. Hteur : 0,54 m. Début IIIe s. La statue figure un homme debout, vêtu d’une tunique et d’un manteau agrafé sur l’épaule droite. Les jambes restent nues. Contre la jambe gauche, une longue épée.

Grès. Milieu IIe.
Esp 4543. Stèle de la nécropole du Kempel, dans la forêt de Sarrebourg. Grès. Hteur : 0,37 m ; lgeur : 0,36 m. IIe s. Sculpture assez fruste, mais très expressive. Dans une niche, une femme, dont la tête est disproportionnée par rapport au corps, est debout et de face. Elle est vêtue d’une tunique longue et plissée et porte une coiffure en bandeaux. Elle tient des objets qui restent difficiles à identifier : une couronne peut-être dans la main droite, et sans doute une bourse dans l’autre.

Esp 5668. Fragment supérieur d’une stèle trouvé en 18539 à Saverne, à l’angle sud-est de l’enceinte romaine Grès. Hteur : 0,94 m ; lgeur : 0,43 m. IIe s. La déesse est représentée dans une niche. Elle est debout et de face, vêtue d’une longue robe serrée sous la poitrine et plissée en dessous. La jeune femme porte de la main gauche un panier rempli de fruits ronds, et une palme ou un rameau de l’autre main. Bien que l’ensemble soit assez rustique, le plissé de la robe est bien rendu.

Esp 5889. Découverte en 1843, rue des Murs, à Saverne. La statue a été volée, il n’en reste qu’un moulage. L’original était en grès. Hteur : 0,17 m. Cybèle est coiffée d’une couronne en forme de rempart, avec tours et portes. Un voile, fixé à la partie supérieure de la couronne, retombe sur la nuque.

Esp 5683. Provenance inconnue. Grès. Hteur : 0,58 m ; lgeur : 0,51 m. IIIe s. Seule la partie inférieure de la stèle nous est parvenue, mais on reconnaît les jambes d’une déesse qui porte un vêtement plissé. A gauche, peut-être un trépied ; à droite un autel en forme de balustre. Sans doute Junon.

Esp 5721. Stèle complète trouvée à Saverne, dans la façade d’une habitation. Grès rouge. Hteur : 0,80 m. Début IIIe s. La déesse est debout, drapée et voilée. Elle tourne le visage vers la gauche. Elle tient une patère de la main droite baissée, et un sceptre de l’autre main. La posture rappelle la Junon de la stèle à quatre dieux de la Place Kléber, à Strasbourg [5].
[1] Il la publia en français, alors que l’Alsace et la Moselle, à la suite du désastre de 1870, étaient déjà annexées par la Prusse.
[2] Saverne fut en effet la capitale administrative de l’évêché de Strasbourg de 1417 à la Révolution. Le bâtiment fut reconstruit à partir de 1779 par l’architecte Nicolas Salins de Montfort, Mgr Louis-René Edouard de Rohan-Guéméné étant évêque de Starsbourg.
[3] Quelques références bibliographiques :
ESPERANDIEU Emile, Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, t. VII, p. 225-259, Paris 1918.
FLOTTE Pascal et FUCHS Matthieu, Le Bas-Rhin, t.1, Carte Archéologique de la Gaule, 2000, p. 5551-579.
FICHTL Stephan, SCHNITZLER Bernadette et alii, Saverne dans l’Antiquité, SHASE Hors-série 1, 2003.
Ces ouvrages, les deux derniers surtout, donnent d’abondantes références complémentaires.
[4] Elles sont parfois interprétées comme des figures d’Abondance.
[5] Au Musée Archéologique de Strasbourg.




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