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http://www.archeographe.net/article91.html
samedi 21 février 2004, par Marc Heilig
Les croyances populaires de l’Egypte antique �taient peupl�es de g�nies et de divinit�s mineures proches de la vie quotidienne. Un des plus importants et des plus v�n�r�s, B�s, par son aspect �trange, fait entrer le grotesque dans le panth�on �gyptien.
La d�votion de B�s est vraisemblablement d�j� �tablie lorsque nous saisissons la civilisation �gyptienne. Le dieu traversa toute l’�poque pharaonique. Durant la p�riode ptol�ma�que, on le repr�sentait sur des bas-reliefs et certains �l�ments architecturaux. Le peuple �gyptien lui resta fid�le alors m�me que le christianisme devenait la religion dominante.
B�s est un gnome contrefait. Selon la convention �gyptienne qui veut qu’on repr�sente chaque partie du corps dans ce qu’elle a de reconnaissable, il est repr�sent� de face [1]. On pouvait ainsi d�tailler � loisir ses traits burlesques. Il porte une grande barbe bien fournie [2], qui accentue encore l’aspect � la fois grima�ant et r�joui de son visage : t�te massive, gros sourcils, pommettes saillantes, l�vres �paisses.
Il a parfois le cr�ne chauve, mais est plus souvent coiff� de hautes plumes. Il est g�n�ralement nu (bien qu’une figurine du Mus�e du Caire le montre habill� d’une jupe), avec un ventre imposant et une poitrine g�n�reuse, et l’on se pla�t � mettre son sexe en �vidence.
Notre petit g�nie tient souvent un instrument de musique, harpe ou tambourin, ou parfois un grand hi�roglyphe qui traduit son r�le de protecteur.
A partir du Nouvel Empire, il peut porter des ailes, ou une peau de lion. L’�poque gr�co-romaine l’armera d’une �p�e et d’un bouclier.
Les figurines le d�doublent quelquefois, ou lui attribuent des �l�ments d’autres divinit�s, Isis, Horus ou Bastet essentiellement. B�s accompagne aussi des dieux jeunes, substituts d’Horus comme Harpocrate, auquel il est associ� sur une st�le du Louvre : il d�ploie ses ailes au dessus du dieu enfant, qui est debout sur un crocodile et empoigne des animaux malfaisants [3]. B�s a un double f�minin, Bes�t, que l’on consid�re parfois comme sa m�re.
B�s est un dieu protecteur. Il veille en particulier sur les nouveaux-n�s, les enfants et les femmes en couches. Son aspect peu engageant repousse les �tres malfaisants, reptiles, scorpions et animaux dangereux. Les armes dont on l’affuble renforcent encore ces vertus. Lorsqu’elle rassemble plusieurs pouvoirs divins, sa protection devient quasi universelle.
Nous ne connaissions pas de v�ritable sanctuaire de B�s jusqu’� ce que l’on d�couvre, il y a peu, un temple de l’oasis de Bahariya qui pourrait lui �tre consacr�. En effet, les pouvoirs du dieu concernaient avant tout la vie domestique [4]. On le repr�sentait sur les vases et sur des st�les.
Les figurines � son effigie sont innombrables et d’une grande diversit�. On les pla�ait sur l’autel de la maison. Elles servaient aussi d’amulettes. Toujours dans un registre familier, B�s est encore un dieu de la parure et de la toilette. Il ornait le manche des miroirs.
Son visage bouffon en fait le dieu de la joie [5].
Ses mimiques, ses danses, ses qualit�s de musicien, en font un compagnon agr�able. Il r�pand la bonne humeur au milieu des hommes ; ses grimaces et le vacarme de son tambourin �loignent d’eux toute influence n�faste. Les danseuses en avaient fait leur patron ; elles marquaient m�me leurs cuisses d’un tatouage � son �ffigie.
Le r�le de B�s dans le sommeil est essentiel : il maintient les g�nies mal�fiques � l’�cart des r�ves. On le repr�sente donc sur les lits et sur les repose-t�te. A mi-chemin entre culte officiel et croyance populaire, on faisait grand cas de ses dons de gu�risseur. A Saqqarah, son visage ornait des chambres sp�cialis�es o� l’on recevait des p�lerins. Ils y passaient la nuit dans l’espoir que le dieu les visite en songe et les gu�rissent de troubles sexuels.
[1] C’est cette convention qui fait que l’art �gyptien repr�sente, par exemple, les visages de profil avec un �il de face. Le corps de B�s suit parfois les conventions habituelles (�paules de face, bassin et jambes de profil) mais son visage est toujours de face.
[2] C’est une v�ritable barbe, et non un postiche comme en portent les autres dieux.
[3] Ce genre de st�les, qui cumule les aspects protecteurs, constituaient de redoutables talismans.
[4] B�s est ainsi associ� � Bastet, � Hathor, � B�s�t et � Thou�ris.
[5] De tout temps, les hommes de petite taille ont �t� associ�s au rire. Il suffit de penser aux nains qui officiaient comme bouffons dans nos cours seigneuriales, et qui jouissaient pour cela d’un statut d’une certaine importance. L’Egypte les appr�ciait aussi. Mais plus que d’un nain, B�s semble avoir les traits d’un Pygm�e. On sait qu’Hatchepsout, lors de son voyage � Pount, rencontra une tribu de Pygm�es, dont la reine est repr�sent�e sur les bas-reliefs peints de son temple fun�raire de Deir el-Bahari. D’apr�s la l�gende, les Pygm�es �taient �tablis aux sources du Nil.
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Marc Heilig
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16. Februar 2006 81 A 103 B |
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